Otan : Trump entame son retrait d'Europe !
Retrait des troupes américaines en Allemagne : "Friedrich Merz a besoin de taper du poing sur la table pour s’affirmer comme leader", analyse Paul Maurice, dans un contexte d’impopularité et de poussée de l’AfD.
Au regard de l’histoire de l’Allemagne, ce retrait n’est pas du tout anodin de la part des États-Unis.
Effectivement, il y a une relation transatlantique très forte, notamment dans le cas de la défense, entre l’Allemagne et les États-Unis, on le sait. La recréation de l’armée allemande en 1955 s’est faite dans le cadre de l’Otan, avec les accords de Paris de 1954, donc la défense allemande est fortement liée à la défense américaine et à la présence de ces soldats, ce qui a été rappelé à l’Ouest de l’Allemagne, à l’époque de la Guerre froide, pour pouvoir protéger le territoire de l’Otan d’une attaque soviétique. Et d’ailleurs, les accords de la réunification de 1990 prévoyaient qu’il n’était pas possible d’avoir des troupes américaines à l’est de l’Allemagne, dans les Länder de l’ex-RDA. C’est une rupture, et en même temps c’est une rupture qui n’est pas nouvelle. Ça a été rappelé à l’été 2020, Donald Trump avait menacé de retirer un tiers des soldats américains stationnés en Allemagne, c’est-à-dire plus de douze mille hommes. Cette annonce avait été ensuite gelée, puis annulée par Joe Biden, ce qui avait fait penser aux Allemands que Donald Trump était un accident de l’histoire transatlantique de leur pays. On voit aujourd’hui que le retour de Donald Trump remet sur la table la question de la présence américaine en Allemagne et donc de la question pour l’Allemagne, de se défendre toute seule. Mais la situation pour l’Allemagne est différente de celle de 2020, on est après le début de la guerre en Ukraine, après le discours du Zeitenwende, d’Olaf Scholz en février 2022, et puis après le déblocage de fonds très important pour la défense. On voit qu’aujourd’hui cette conscience stratégique commence à monter en Allemagne, on voit les déclarations du ministre Pistorius.
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A l’été 2020, Donald Trump avait menacé de retirer un tiers des soldats américains stationnés en Allemagne, c’est-à-dire plus de douze mille hommes. Cette annonce avait été ensuite gelée, puis annulée par Joe Biden, ce qui avait fait penser aux Allemands que Donald Trump était un accident de l’histoire transatlantique de leur pays
Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri
C’est aussi un problème personnel, entre le chancelier Merz et Donald Trump. Comment vous expliquez que ça vienne de l’Allemagne, qui doit tout reconstruire en matière de défense et qui a besoin du parapluie américain, que les critiques les plus virulentes contre la guerre en Iran étaient prononcées à l’égard de Donald Trump ?
Ce n’est pas une surprise, puisqu’on peut se rappeler des mots de Friedrich Merz le soir des élections en février 2025 où il avait dit, il faut maintenant que l’Europe devienne autonome, ce qui avait surpris de la part d’un chancelier d’origine ouest-allemande, chrétien-démocrate, d’une génération qui a connu la Guerre froide, très atlantiste. Il a travaillé pour BlackRock, il a été président de l’Atlantik-Brücke, une association de lobbying pour favoriser la relation transatlantique. Mais il y a aussi chez Friedrich Merz une conscience européenne, de la souveraineté européenne. Il y a des difficultés très récentes, avec la France, mais il y a une vraie volonté de renforcer la souveraineté européenne avec une relation franco-allemande. Il a une relation très particulière avec Donald Trump, mais avec Donald Trump, tout est personnel, donc c’est assez difficile de le ménager. Et puis Friedrich Merz a aussi, ça a été rappelé, de grandes difficultés économiques. Aujourd’hui, l’économie allemande, depuis plusieurs mois, est en pleine récession. Le coût de l’énergie pèse sur les entreprises allemandes, dans l’industrie allemande, mais aussi en tant que matières premières, le pétrole pour la chimie par exemple, va menacer directement des dizaines de milliers d’emplois. Friedrich Merz a besoin de taper du poing sur la table, surtout à un moment où il est très impopulaire en Allemagne. Son parti est aujourd’hui, dans les sondages, derrière l’extrême droite, de l’AfD, qui profite de cela. Il a besoin de s’affirmer comme un leader allemand face à des États-Unis de plus en plus irrationnels.
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