Attention à la marche : une évaluation des options nucléaires de l'Europe
Depuis le début de la guerre en Ukraine, voire l'invasion de la Crimée, l'Europe fait face à une nouvelle réalité nucléaire. La politique révisionniste russe et la coercition nucléaire a réintroduit la menace d'une escalade sur le continent, soulignant l'importance d'une dissuasion nucléaire crédible. Dans le même temps, la dépendance historique de l'Europe à la dissuasion élargie américaine semble plus fragile que jamais. Ces développements obligent les Européens à réfléchir à leurs options nucléaires.
S'appuyant sur des discussions approfondies menées depuis février 2024, ce rapport du European Nuclear Study Group (ENSG), dont fait partie Héloïse Fayet, chercheuse au Centre des études de sécurité de l'Ifri, évalue cinq options débattues dans les cercles stratégiques européens :
- le maintien de la dépendance à l'égard de la dissuasion élargie américaine (option A),
- le renforcement du rôle des forces nucléaires britanniques et françaises dans la dissuasion européenne (option B),
- le développement d'une dissuasion européenne commune (option C),
- la recherche de nouvelles dissuasions nucléaires nationales indépendantes (option D)
- l'investissement dans une dissuasion conventionnelle sans composante nucléaire (option E).
Chaque option reflète une manière distincte de répartir les coûts et les risques de la dissuasion nucléaire entre les États-Unis, les puissances nucléaires européennes existantes et les alliés européens non nucléaires, et chacune implique des compromis spécifiques entre crédibilité, faisabilité, aspects juridiques et risque politique. Cependant prises séparément, aucune de ces options n'est idéale, forçant les Européens à réfléchir ensemble et à ne plus sous-traiter leur pensée stratégique aux Etats-Unis.
Ce rapport est disponible en anglais sur le site de la Munich Security Conference.
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