Rechercher sur Ifri.org

À propos de l'Ifri

Recherches fréquentes

Suggestions

Promouvoir le Japon

Éditoriaux
|
Date de publication
|
Référence taxonomie collections
Lettre du Centre Asie
|
Références
Lettre du Centre Asie, n° 9, octobre 2006
Image de couverture de la publication
Promouvoir le Japon
Corps analyses

Koizumi Junichiro avait appelé au printemps 2006 ses diplomates à parcourir le monde et à communiquer sur le pacifisme et la bonne volonté japonaise dans le conflit sur la mémoire qui a constitué le point de tension dans les relations nippo-asiatiques depuis 2001. Le nouveau Premier ministre japonais, Abe Shinzo, fait mieux. Dans son discours de politique générale prononcé devant la Diète, il appelait à défendre le Japon " ce beau pays ". Beaucoup de la teneur de ce discours nous a ramené aux années 1980, celles du Cabinet Nakasone, alors que le Japon était victime d"une campagne américaine et internationale de critiques sévères. À l"époque, c"était l"assurance économique du Japon qui était venu déranger un système monde construit autour de la domination américaine dans le camp occidental. Et Nakasone Yasuhiro, défenseur de l"identité japonaise et d"une meilleure place pour le Japon dans la communauté internationale, avait enjoint ses compatriotes à voyager pour expliquer au reste du monde ce qu"était le Japon.

Aujourd"hui, la démarche est presque similaire. L"assurance nouvelle sur le champ de la politique étrangère depuis quinze ans - notamment au travers de l"envoi progressif des Forces d"auto-défense dans des opérations extérieures de non-combat-, la résistance de Koizumi largement soutenue par l"opinion publique japonaise dans le bras de fer qui l"a opposé à la Chine communiste et à la Corée du Sud nationaliste, mais aussi la bonne entente stratégique nippo-américaine, ont conduit à de nombreuses interrogations partout dans le monde et à l"expression d"inquiétudes régionales sur les objectifs diplomatiques du Japon d"une part, sur ses ambitions stratégiques d"autre part. Ces mouvements inédits pour un pays, certes acteur majeur de l"économie et des finances mondiales mais acteur très effacé sur le plan diplomatique depuis la grande défaite de 1945, continuent donc de surprendre et de susciter une profonde incompréhension.

De même, la redistribution des pouvoirs politiques et décisionnels est aujourd"hui accentuée, de telle sorte que le Japon tourne encore un peu plus la page de pratiques politiques qui avaient fait du Japon un pays sans centre de pouvoir, selon Karel Von Wolferen. Entouré de cinq conseillers spéciaux, le maximum autorisé, Abe renforce le pouvoir décisionnel du Cabinet face à la Diète, mais aussi face aux ministères-phares qu"étaient le ministère des Finances et le ministère des Affaires étrangères, bastions de la fonction publique qui avaient longtemps contrôlé les orientations de la vie politique japonaise. Il ambitionne aussi de relancer le chantier de la réforme constitutionnelle, que Koizumi avait fini par enterrer malgré des avancées majeures dans les débats politiques et parlementaires sur la teneur de l"article 9. En outre, la mise en place d"un groupe de travail sur l"auto-défense collective - alors que Okinawa accueillait sous la contestation locale les premiers systèmes de défense anti-missiles Patriot sol-air -, le projet d"un Conseil pour la sécurité auprès du Premier ministre calqué sur le modèle américain - annoncé pendant la campagne électorale -, enfin la restructuration de l"Agence de défense en ministère à part entière, sont autant de chantiers qui marquent un volontarisme certain dans la poursuite de la refonte du système de défense japonais.

Si reconquérir une image ternie, notamment par la question de la mémoire au Japon, est un objectif affiché du nouveau gouvernement Abe, celui-ci ne signifie pas la renonciation à des choix nationaux et stratégiques dont Abe n"a jamais fait de mystère. D"une part, la fermeté sur la Corée du Nord et la question des disparus japonais enlevés par les services secrets nord-coréens dans les années 1970-80 : que le porte parole de son Cabinet Shiozaki Yasuhisa soit aussi ministre en charge de la question, et qu"une task force gouvernementale sur cette question soit mise en place sont deux signaux forts de l"initiative première du Cabinet sur ce dossier spécifique. D"autre part, l"approfondissement de la relation stratégique avec les États-Unis, socle, comme le rappelait Abe dans son discours général, de la politique étrangère et de sécurité du Japon poursuit le mouvement engagé en 1996 : une semaine après sa désignation, la conseillère pour la sécurité nationale, Koike Yuriko, se rendait aux États-Unis pour y rencontrer son homologue.

Ainsi, les grandes lignes diplomatiques du Japon d"après 2001 sont consolidées. Mais tout comme Nakasone l"avait fait lors de son investiture en 1982, Abe réservera ses premiers voyages à ses voisins asiatiques. Pour des raisons bien distinctes. Nakasone avait souhaité engager le Japon en Asie par souci de rééquilibrage stratégique avec les États-Unis, et parce que le Japon, asiatique, ambitionnait de porter les couleurs de l"Asie dans les grands débats internationaux. Il avait pour cela construit des relations d"amitié fortes avec le secrétaire général du PCC Hu Yaobang et ouvert la voie à la réconciliation historique avec la nouvelle Corée du Sud démocratique. Aujourd"hui, la réconciliation est tout autant nécessaire, mais elle est bien plus pragmatique que portée par un projet visionnaire sur la place du Japon en Asie. Elle reste aussi très prudente, la Chine des années 2000, qui ne pourrait accepter une vision " japonaise " de l"Asie que conforme aux intérêts de Pékin, étant un défi de taille pour l"équilibre régional.

Le Premier ministre Abe a bien mesuré l"intérêt national du Japon, qui passe par une bonne entente avec les pays voisins : une rencontre au sommet sino-japonaise semblait acquise, et Abe devait aussi s"entretenir rapidement avec le Président sud-coréen Roh Moo-hyun. Pourtant, aucune concession publique n"a été faite côté japonais sur la question épineuse des visites officielles au sanctuaire shinto de Yasukuni, Abe se contentant de renvoyer les débats " historiques " aux historiens. Premier Premier ministre né après guerre, entouré d"un Cabinet dont la moyenne d"âge est de soixante ans, Abe Shinzo ambitionne sans aucun doute une nouvelle page diplomatique pour le Japon, qui reflèterait davantage d"assurance et de responsabilité internationale ; il ne pourra pas faire l"impasse cependant, au niveau national, sur le Japon et son histoire colonialiste et militariste. Mais pour la première fois, la communauté internationale a scruté avec intérêt l"élection du nouveau dirigeant japonais. Signe que l"archipel commence à compter dans l"équilibre stratégique international.

 

Decoration

Contenu disponible en :

Régions et thématiques

Régions

Partager

Decoration
Auteur(s)
Image principale
Gros plan sur le monde asiatique
Centre Asie
Accroche centre

L’Asie est le théâtre d’enjeux multiples, économiques, politiques et de sécurité. Le Centre Asie de l'Ifri vise à éclairer ces réalités et aider à la prise de décision par des recherches approfondies et le développement d’une plateforme de dialogue permanent autour de ces enjeux.

Le Centre Asie structure sa recherche autour de deux grands axes : les relations des grandes puissances asiatiques avec le reste du monde et les dynamiques internes des économies et sociétés asiatiques. Les activités du Centre se concentrent sur la Chine, le Japon, l'Inde, Taïwan et l'Indo-Pacifique, mais couvrent également l'Asie du Sud-Est, la péninsule coréenne et l'Océanie.

Le Centre Asie entretient des relations institutionnelles suivies avec des instituts de recherche homologues en Europe et en Asie et ses chercheurs effectuent régulièrement des terrains dans la région.

Il organise à Paris tables-rondes fermées, séminaires d’experts, ainsi que divers événements publics, dont sa Conférence annuelle, avec la participation d’experts d’Asie, d’Europe ou des Etats-Unis. Les travaux des chercheurs du Centre et de leurs partenaires étrangers sont notamment publiés dans la collection électronique Asie.Visions.

Image principale

L'essor des véhicules électriques en Chine et le défi stratégique pour l'industrie automobile japonaise

Date de publication
29 avril 2026
Accroche

L'expansion rapide de la production chinoise de véhicules électriques redéfinit la concurrence mondiale dans le secteur automobile pour les constructeurs européens et japonais. Le Japon, pionnier des véhicules hybrides, peine à transposer ce leadership aux véhicules électriques à batterie (BEV), alors que les constructeurs chinois augmentent rapidement leur production et leurs exportations. Parallèlement, la domination chinoise dans la fabrication de batteries et le traitement des minéraux critiques met en évidence les vulnérabilités de l'industrie automobile japonaise. Ces évolutions créent un double défi : l'intensification de la concurrence sur les marchés des véhicules électriques (VE) et la dépendance persistante vis-à-vis des chaînes d'approvisionnement contrôlées par la Chine.

Aya ADACHI
Image principale

Le Japon : nouvel acteur stratégique dans l'Indo-Pacifique

Date de publication
28 avril 2026
Accroche

Confronté à un triple front autoritaire et nucléaire incarné par la Chine, la Russie et la Corée du Nord, ainsi qu’aux atermoiements de son allié américain, le Japon accélère la normalisation de sa posture de défense. Il investit massivement dans ses capacités militaires et assouplit ses contraintes politico-juridiques afin de mieux assurer sa propre protection, mais aussi de s’affirmer comme un partenaire de sécurité central, crédible et recherché, en Asie comme au-delà. La rhétorique désormais assumée de la Première ministre Sanae Takaichi à l’égard de Pékin illustre cette bascule stratégique.

Image principale

Crise dans le détroit d’Ormuz : un stress test pour Taïwan aux enjeux globaux

Date de publication
17 avril 2026
Accroche

L’opération militaire de grande ampleur menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a entraîné une riposte iranienne ayant provoqué la destruction partielle d’infrastructures de liquéfaction de gaz naturel et une perturbation sévère du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Les économies d’Asie de l’Est – la Corée du Sud, le Japon et Taïwan en particulier – sont fortement exposées à cette crise en raison de leur dépendance aux importations de gaz naturel liquéfié (GNL) pour leur production d’électricité.

Image principale

Emmanuel Macron au Japon et en Corée du Sud : une opportunité historique pour le rapprochement euro-asiatique

Date de publication
02 avril 2026
Accroche

Le président Emmanuel Macron effectue une tournée au Japon et en Corée du Sud à un moment où les intérêts entre ces trois pays n’ont jamais été aussi alignés, et plus largement entre l’Europe et les démocraties d’Asie de l’Est.

Sujets liés

Comment citer cette étude ?

Image de couverture de la publication
Promouvoir le Japon
Régine SERRA, « Promouvoir le Japon », Éditoriaux, Lettre du Centre Asie, Ifri, 3 octobre 2006.
Copier