Finlande, l'allié venu du froid
De tous les pays européens, la Finlande est peut-être celui dont la culture stratégique et le modèle militaire ont le moins évolué depuis la fin de la guerre froide. Bâti après la fin de la Seconde Guerre mondiale pour faire face à une nouvelle invasion soviétique, ce modèle permet à la Finlande de faire figure de modèle pour le réarmement européen.
Avec ses quelques millions d’habitants, la Finlande a ainsi établi une culture de défense totale devenue rare en Europe, alliant souci d’auto-suffisance alimentaire et énergétique, protection des populations et préservation du modèle de conscription afin de permettre au pays de se défendre par lui-même.
Actée en 2023, l’adhésion à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) a bouleversé la stratégie finlandaise, désormais incluse au sein d’une alliance européenne élargie face à la Russie. Si les liens entre Helsinki et l’Alliance atlantique sont en réalité plus anciens, l’adhésion est longtemps restée un tabou politique majeur, la neutralité ayant longtemps été perçue comme un gage de paix. La Finlande peut donc désormais s’intégrer dans une structure militaire plus large, tout en conservant une dynamique régionale revivifiée depuis 2022 à travers la Coopération nordique de défense (NORDEFCO).
D’un point de vue militaire, les forces finlandaises se sont adaptées dès l’origine pour faire face à un conflit avec le voisin soviétique puis russe. Les forces terrestres sont ainsi articulées autour d’un modèle de conscription étendu faisant de la défense du territoire l’affaire de tous. Plus rustiques que la plupart des forces européennes, elles cherchent à s’appuyer sur leur connaissance d’un milieu finlandais difficile pour soutenir une défense élastique face à une agression russe. De son côté, la marine finlandaise dispose de moyens limités mais conservent des capacités de minage naval devenue rares pour interdire l’accès de ses côtes à l’adversaire, voire en l’isolant au fond du golfe de Carélie. La modernisation de la flotte et l’acquisition de navires de plus grande taille pourraient en outre lui ouvrir de nouvelles perspectives tactiques. Enfin, la force aérienne finlandaise s’appuie sur une logique de dispersion des moyens pour garantir sa survie, une logique qui pourrait être remise en cause par l’acquisition de chasseurs-bombardiers F-35, bien plus complexes à mettre en oeuvre depuis des infrastructures improvisées.
Longtemps limitées, les relations entre Paris et Helsinki se sont intensifiées après le déclenchement du conflit en Ukraine et le pivot vers l’est de la France. Cette dynamique doit encore se confirmer dans le temps, mais elle ouvre de nouvelles perspectives pour les forces françaises. La multiplication des exercices communs dans les différents milieux constitue, à ce titre, un signal encourageant.
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