Gouvernance des mobilités : le hub djiboutien entre stratégies d’influence et souveraineté
Dans la Corne de l'Afrique, la multiplication des crises — conflits au Soudan et en Éthiopie, dérèglements climatiques — a porté le nombre de déplacés à 26,3 millions de personnes. Au cœur de ces flux, Djibouti s'impose comme un point de passage incontournable entre la région et la péninsule Arabique. Si les flux migratoires y ont bondi de 72 % en 2024, Djibouti n'est pas seulement un territoire de transit : il est devenu un enjeu diplomatique et sécuritaire, où l'Union européenne et l'OIM projettent leurs politiques d'externalisation migratoire, révélant des rapports de force qui dépassent largement la gestion humanitaire des mobilités.
Ce texte propose une analyse multidimensionnelle des dynamiques migratoires dans la Corne de l’Afrique, en mettant l’accent sur le rôle stratégique de Djibouti dans les trajectoires migratoires régionales. Il s’inscrit dans un contexte marqué par une intensification sans précédent des mobilités humaines, résultant de la combinaison de facteurs structurels (pauvreté, désertification, pressions démographiques), conjoncturels (conflits armés, crises politiques, dérèglements climatiques) et géopolitiques (externalisation des politiques migratoires européennes).
Cette étude s’organise en trois parties. La première partie dresse une cartographie des flux migratoires dans la Corne de l’Afrique, en identifiant les causes de départ par pays et les principales routes empruntées. La deuxième partie explore la centralité croissante de Djibouti comme point de transit clé et hub migratoire régional. La troisième partie analyse les usages politiques de la migration dans l’action publique djiboutienne, en examinant les reconfigurations de la gouvernance migratoire, l’instrumentalisation diplomatique des expulsions et les tensions entre acteurs nationaux et internationaux.
Le texte met également en lumière les tensions persistantes entre acteurs nationaux (ministères, police des frontières, réseaux clientélistes), internationaux (Organisation internationale pour les migrations, Union européenne, Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés) et régionaux (Autorité intergouvernementale pour le développement, Union africaine), dans un contexte de corruption systémique, de captation des ressources et d’implication présumée d’acteurs étatiques dans les trafics. Les efforts multilatéraux (Projet Rock d’Interpol, Plan régional d’aide aux migrants, MIDAS) peinent à contrer l’enracinement des économies illicites qui prospèrent sur l’instabilité chronique de la région.
En conclusion, ce rapport souligne que Djibouti n’est pas simplement un espace de transit passif mais un acteur stratégique de la gouvernance migratoire régionale, en tension permanente entre logique de souveraineté, obligations internationales, pressions sécuritaires et incitations économiques. Il appelle à une relecture critique du concept de « migration de transit », souvent instrumentalisé dans les politiques européennes de gestion des frontières, et plaide pour une approche systémique et holistique de la migration, prenant en compte ses dimensions sociales, économiques, sécuritaires et politiques.
Principales voies migratoires en provenance de la Corne de l'Afrique

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