Un an à la chancellerie : Merz a-t-il répondu aux attentes de ses partenaires ?
Pendant la campagne électorale, Friedrich Merz avait suscité de nombreux espoirs en France et en Pologne. Nous avons demandé à deux experts ce qu’il en était un an plus tard.
Małgorzata Gemen : Bon voisinage ou partenariat stratégique ?
Le 6 mai 2026 marque le premier anniversaire de l’entrée en fonction de Friedrich Merz comme chancelier. Merz avait affiché ses ambitions internationales avant même son élection dans un discours prononcé à l’occasion du « Körber Global Leaders’ Dialog 2025 » (23 janvier 2025). Le futur chef du gouvernement allemand y avait présenté un programme de politique étrangère et de sécurité particulièrement ambitieux et minutieusement élaboré. Il y soulignait notamment la nécessité de rétablir une relation de confiance avec les deux plus importants voisins de l’Allemagne : la France et la Pologne. S’agissant de la Pologne, il s’agissait en premier lieu de mettre un terme au « mutisme entre Berlin et Varsovie » et de refonder la relation bilatérale sur une base commune, avec respect, empathie et la conscience que les deux pays partageaient un passé lourdement marqué par l’histoire. Merz souhaitait en outre davantage associer la Pologne aux affaires européennes en tant qu’acteur de premier plan. Le discours avait été aussi l’occasion d’insister sur la portée symbolique du nouvel emplacement de l’ambassade de Pologne à Berlin, au « cœur politique » de la capitale allemande. Revenant sur les fondements historiques de la relation bilatérale, il avait enfin rappelé le traité de bon voisinage germano-polonais de 1991 et proposé de le faire évoluer vers un traité d’amitié germano-polonais.
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Hans Stark : Grandeurs et misères de la relation franco-allemande
Les débuts étaient prometteurs. Lorsque Friedrich Merz accéda à la chancellerie au printemps 2025, il semblait suivre les pas de Konrad Adenauer et d’Helmut Kohl. Durant sa campagne, il avait prononcé deux discours sur la politique étrangère allemande – en décembre 2024 à l’Académie fédérale de politique de sécurité puis, en janvier 2025, devant la Fondation Körber. Ces deux discours montraient clairement sa volonté de renforcer l’UE et de consolider le tandem franco-allemand dans un contexte de tensions géopolitiques avec la Chine, la Russie et les États-Unis. Emmanuel Macron avait accueilli ces deux discours très favorablement et, peu après l’élection de Merz, l’avait invité dans sa résidence d’été du Fort de Brégançon (août 2025). À cela s’ajoutèrent de nombreuses réunions de crise, notamment avec Donald Trump qui, après son retour à la Maison-Blanche, semblait prêt à livrer l’Ukraine aux intérêts russes. Macron et Merz participèrent conjointement à ces échanges ; agissant de concert avec le Premier ministre britannique dans le cadre du format E3, ils affichèrent une cohésion remarquable et parvinrent ainsi à éviter le pire.
Le point culminant de cette coopération fut l’ouverture d’un dialogue franco-allemand sur la dissuasion nucléaire. Pendant des décennies, Berlin avait refusé tout échange de cette nature. Aujourd’hui, alors que la garantie donnée par l’article 5 du traité de l’OTAN est de plus en plus incertaine, l’Allemagne s’est ouverte à la discussion. Emmanuel Macron n’a toutefois pas proposé à Berlin une « garantie nucléaire » au sens strict du terme. Il ne s’agit pas non plus de se substituer au mécanisme de « participation nucléaire » existant au sein de l’OTAN. Le président français ne dispose pas d’une majorité politique favorable à une évolution de cette nature.
Compte tenu de ses capacités actuelles, et en contrepartie d’un renforcement des efforts conventionnels de ses partenaires, la France pourrait toutefois envisager le déploiement de moyens nucléaires aéroportés sur le flanc oriental de l’OTAN, dans une logique de défense collective. Depuis que Friedrich Merz a donné une nouvelle impulsion à la Zeitenwende, l’Allemagne apparaît particulièrement bien placée pour accompagner cette évolution. Celle-ci susciterait certes l’hostilité de Moscou mais elle demeure réaliste et correspond également aux intérêts stratégiques de Berlin. La France est en outre confrontée à une situation budgétaire plus contrainte et ne peut, contrairement à l’Allemagne, consacrer 5 % de son PIB à la défense, ce qui limite ses marges de manœuvre.
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Hans Stark est professeur de civilisation allemande à Sorbonne Université. Il est conseiller des relations franco-allemandes à l'Ifri.
Małgorzata Gemen est juriste et dirige le bureau berlinois de l’Institut polonais des affaires internationales (PISM).
- Cet article est disponible sur le site de la revue dokdoc.eu.
- L'article est également disponible en allemand : "Ein Jahr Merz: Neustart gelungen – oder enttäuschte Erwartungen?".
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Contribution dans "deutsch-französischer Dialog (dialogue franco-allemand)" dokdoc.eu
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