L'Europe et les réfugiés en 2015 : une crise de la mémoire ?
Etude de l'Ifri, décembre 2016
À la différence d’autres sociétés d’immigration comme les États-Unis, le Canada ou l’Australie, l’Europe n’a pas fait des migrations un élément central des récits au fondement de son identité commune. Chaque pays entretient ainsi un rapport particulier à son histoire migratoire et à la manière dont celle-ci est intégrée ou non au récit national. La question d'une mémoire européenne des migrations peine donc à être formulée.
L'accélération rapide des arrivées de réfugiés à partir du printemps 2015 et l'incapacité des gouvernements européens de se mettre d'accord sur une réponse commune constituent une nouvelle page de l'histoire migratoire de l'Europe. Cependant, la « crise des réfugiés » n’impose pas de débat sur la place de l’asile dans l’identité européenne. Pourtant, avec la Convention de Genève de 1951, le régime d’asile que le monde connaît aujourd’hui est né en Europe pour les réfugiés européens. L’Europe s’est construite à plusieurs reprises autour de cette question : réfugiés de l’après-guerre et de la guerre froide, boat-people et réfugiés sud-américains dans les années 1970, guerre dans les Balkans, etc. Si donc, par le passé, l’Europe s’est construite comme une terre d’asile, ce n’est pas comme telle que les Européens semblent l’envisager aujourd’hui.
C’est ce déficit de mémoire commune que la « crise des réfugiés » laisse voir également. C'est à cette question que cette étude est consacrée, à partir d'une comparaison des différents rapports à la mémoire de l'asile dans trois pays (Grèce, Allemagne et France) et d'une analyse de la relation entre les ONG et la mémoire de l'asile.
Ces textes sont issus d’un colloque intitulé « L’Europe et les réfugiés en 2015 : une crise de la mémoire ? » organisé par l’Ifri le 25 novembre 2015. Ce colloque s’inscrit dans le cadre du projet « mémoires et migrations en Europe » conduit par l’Ifri, en partenariat avec l’université d’Amsterdam, l’université de Warwick, la Fondation Calouste Gulbenkian et le Réseau français des instituts d’études avancés, avec le soutien du programme l’« Europe pour les citoyens » de l’Union européenne.
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