La crise financière du Mozambique. Un pays modèle remis en cause
Avec une décennie de croissance économique supérieure à 7 % par an en moyenne et un régime stable dominé par un seul parti (le Front de libération du Mozambique, Frelimo) depuis la fin de la guerre civile en 1992, le Mozambique était présenté jusqu’à une date récente comme un des succès économiques du continent africain.
La politique néolibérale a semblé porter ses fruits au début du XXIe siècle et a même été renforcée par le destin avec la découverte d’énormes réserves de gaz au large des côtes mozambicaines (5,6 trillions de mètres cubes) au tournant des années 2010. La dynamique de l’économie mozambicaine devait être considérablement amplifiée par cette nouvelle source de richesse et le pays était présenté comme un nouvel eldorado africain pour les investisseurs étrangers.
Mais plus de dix ans de success story économique ont soudainement été remis en cause en avril 2016 après les révélations d’emprunts de 2 milliards de dollars contractés dans le secret par les plus hautes instances du pays. La dissimulation très maladroite de ces emprunts a provoqué un scandale international et conduit le pays dans une crise financière du fait du brutal surendettement entraînant des réactions/sanctions immédiates du marché et des bailleurs. Derrière les entreprises publiques de droit privé ayant contracté ces emprunts, un même responsable : le Gestão de Investimentos, Participações e Serviços (GIPS), une émanation des renseignements mozambicains (SISE), dont la supervision revient au ministère de l’Intérieur. Ce scandale révèle les dessous du succès économique mozambicain : des privatisations opaques profitant à nombre de dignitaires du régime, tolérées par les institutions de Bretton Woods. Ainsi, en 1996, lorsqu’il était gouverneur de la Banque centrale, l’actuel ministre de l’Économie et des Finances, Adriano Maleiane, dubitatif quant à la privatisation des deux banques d’État, s’était vu répondre par les émissaires de la Banque mondiale et du FMI qu’une privatisation corrompue valait mieux que l’étatisation. L’acceptation habituelle des dérives financières de l’establishment mozambicain a fini par le rendre trop confiant et l’a conduit à un montage financier qui remet en cause le modèle de croissance de son économie.
Pour sortir de l’impasse, un plan de restructuration de la dette est à l’étude avec le FMI et le gouvernement compte sur l’assistance de certains pays émergents. Si au niveau économique les vertus de cette stratégie restent à démontrer, au niveau politique le parti au pouvoir est clairement perdant en termes de crédibilité auprès des partenaires internationaux et de la population mozambicaine. Cette crise financière augmente nettement le degré d’incertitude à moyen et long termes et donc le risque politique du Mozambique. En décryptant les intérêts impliqués derrière ce scandale, cette note met en lumière la confusion des intérêts du pays et des intérêts privés de ses caciques.
Contenu disponible en :
Régions et thématiques
ISBN / ISSN
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
La crise financière du Mozambique. Un pays modèle remis en cause
Centres et programmes liés
Découvrez nos autres centres et programmes de rechercheEn savoir plus
Découvrir toutes nos analysesPropagande en ligne en temps de guerre au Soudan
Dans le conflit soudanais, la bataille de propagande entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapides (FSR) à travers les médias classiques et les réseaux sociaux entretient une grande confusion informationnelle. Et ce d’autant plus que l’absence de journalistes sur le terrain facilite la désinformation. Bien que l’armée et les FSR tentent de promouvoir leurs discours grâce à leurs réseaux de communicants et en pratiquant la désinformation et la censure, ils ne peuvent contrôler complètement l’information sur le conflit. Dans le cadre de cette guerre, les réseaux sociaux sont devenus un espace d’expression où les politiciens, militaires, influenceurs et militants expriment leurs rivalités, leurs mensonges et leur propagande.
Une élection dans les crises. Quelles perspectives pour les élections générales éthiopiennes de 2026 ?
Les citoyens éthiopiens sont appelés aux urnes le 1er juin 2026, à l’occasion des prochaines élections générales, les septièmes depuis la fondation de la République fédérale démocratique d’Éthiopie en 1995. Il est peu probable que ces élections conduise à une alternance. Comme le montre en effet cette étude, le gouvernement semble avoir déjà mis en place les mesures qui permettront sa réélection, dans un contexte de multiplication des conflits armés qui n’est propice ni à l’ouverture ni aux transitions politiques.
Quelle place pour l’Afrique subsaharienne dans le monde ?
En s’appuyant sur une approche extrinsèque, alliant histoire globale, géopolitique et relations internationales, ce papier tente de périodiser les modalités des relations de l'Afrique subsaharienne avec le reste du monde. Après un retour rapide sur les périodes précoloniales, coloniales et de Guerre froide, sont explorées plus spécifiquement les périodes 1990-2015 et 2015-2025.
Un « faux départ » : l’avenir des chefferies coutumières en Afrique
Au-delà du seul cas du Burkina Faso, la cérémonie hebdomadaire du « faux départ » du Moro Naba, « l’empereur des Mossi » symbolise dans l'Afrique d’aujourd'hui la position paradoxale de dirigeants traditionnels jouissant d'une influence qui se situe en marge de la sphère politique moderne tout en conservant à la différence de celle-ci, une forte dimension religieuse.