Un « faux départ » : l’avenir des chefferies coutumières en Afrique
Au-delà du seul cas du Burkina Faso, la cérémonie hebdomadaire du « faux départ » du Moro Naba, « l’empereur des Mossi » symbolise dans l'Afrique d’aujourd'hui la position paradoxale de dirigeants traditionnels jouissant d'une influence qui se situe en marge de la sphère politique moderne tout en conservant à la différence de celle-ci, une forte dimension religieuse.
Les « pouvoirs traditionnels » africains n’appartiennent pas à la « société civile ». Ils forment une constellation de systèmes authentiquement politiques, d'ancienneté, de nature et de puissance très diverses, mais tous avec en trait commun, leur origine précoloniale.
Contrairement à des idées reçues, les rapports actuels entre « chefferies » et État au sud du Sahara ne sont pas la simple résurgence post-coloniale d’une l'opposition classique entre indirect rule britannique et centralisme français. Une analyse historique plus détaillée des deux cas contrastés du Burkina Faso (tensions cycliques avec l’État) et du Cameroun (intégration maximale dans le système politique) montrera que, dans tous les cas de figure, l’influence de ces pouvoirs anciens reste forte, dans un contexte dominé de plus en plus par les questions de sécurité.
Dans des sociétés africaines marquées par une « déférence politique », pour reprendre un concept de W. Bagehot, leur durabilité sous une forme flexible pourrait constituer dans le présent comme à l’avenir l’un des traits majeurs d’États subsahariens rejetant une opposition trop rigide entre « tradition » et « modernité ».
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