L’Europe face au défi quantique : des ambitions à l’action
La nomination des chercheurs Alain Aspect puis Michel Devoret aux prix Nobel de Physique de 2022 et 2025 pour leurs travaux en physique quantique témoigne de l’endurant dynamisme de la recherche française et européenne dans ce domaine. Alors que le déploiement des technologies issues de la seconde révolution quantique n’en est encore qu’à son balbutiement, on pourrait croire que la patience stratégique s’impose, et qu’il faut attendre que le foisonnement de la recherche fondamentale laisse place à des innovations prêtes à être déployées. Ce serait là commettre une grave erreur, dans la mesure où le potentiel de transformation profonde que porte le secteur quantique a directement trait à l’autonomie stratégique des États et des organisations.
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Quatre points clés
Malgré l'excellence de sa recherche, l'Europe accuse un retard structurel en financements privés et brevets, et reste exposée à des risques de prédation – prises de participation étrangères, dépendances d'‘approvisionnement, imposition de standards – qui fragilisent son autonomie stratégique.
Le modèle « tout start-up », soumis aux pressions du marché et aux appétits d'investisseurs extra-européens, ne peut garantir seul la maîtrise des technologies quantiques stratégiques, ouvrant la voie à une capture progressive par les rivaux sino-américains.
Sur le modèle du CERN, l'articulation d'un centre de recherche commun, d'un incubateur public-privé et de commandes publiques mutualisées pourrait constituer une voie pour ouvrir un marché de lancement sur les segments stratégiques et protéger les innovations européennes d'une absorption extérieure.
Via son futur Quantum Act et des coopérations sélectives avec des pays affinitaires, l'UE pourrait s'imposer progressivement comme un acteur de la gouvernance internationale des normes quantiques, avant que la fragmentation technologique mondiale ne limite durablement ses marges de manœuvre.
L'Europe l'a bien saisi et s'empare progressivement des multiples enjeux attenants à cette évolution technologique. Son ambition, affichée dans la stratégie dédiée de juillet 2025, est de se positionner d'ici à 2030 comme l’’un des leaders mondiaux aux côtés des États-Unis et de la Chine, à l'appui d'États membres aux capacités établies (France, Allemagne, Pays-Bas, Danemark, Autriche, Finlande). L'Union européenne (UE) fait néanmoins face à des défis de taille, entre la protection de l'écosystème quantique face aux concurrences internes et externes, le nécessaire mais lent développement d'infrastructures communes, et la mise en place d'un cadre normatif inédit.
À l'heure où la croissance rapide d'acteurs américains fait craindre l'établissement de nouveaux monopoles, où les progrès sectoriels de la Chine servent son agenda civilo-militaire, et où le modèle du « tout start-up » montre ses limites dans l'UE, le développement quantique européen doit s'envisager sur le temps long et prendre acte de la durabilité des soubresauts géopolitiques actuels. Ceci passera probablement par la mise en place de partenariats préférentiels avec des pays affinitaires, et la conduite d'efforts pionniers en matière de gouvernance internationale de ces technologies jugées d'importance stratégique.
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