Rechercher sur Ifri.org

À propos de l'Ifri

Recherches fréquentes

Suggestions

L'insertion des néo-urbains dans le jeu politique : L'exemple du Sénégal

Notes
|
Date de publication
|
Références

Notes de l'Ifri, décembre 2010

Image de couverture de la publication
L'insertion des néo-urbains dans le jeu politique. L'exemple du Sénégal
Accroche

Une note rédigée l'an dernier concernait les " émeutes de la faim[1] " en Afrique subsaharienne, et avait permis, entre autre, de pointer l'extrême difficulté des pouvoirs en place à contrôler des populations urbaines, en particulier celles des capitales, qui sont à la fois plus revendicatrices et plus proches, géographiquement, du pouvoir, et donc plus dangereuses. La " maîtrise " ou le containment politique et électoral des populations des capitales est et sera de plus en plus l'une des principales clés de la stabilité des régimes africains.

Corps analyses

En effet, en analysant les " émeutes de la faim ", nous nous étions rendu compte que, d'une part, le déclencheur n'était pas forcément la faim, ensuite, que la totalité des " émeutes " comportait une critique de la gouvernance, et enfin qu'un nombre important de ces manifestations, en particulier au Sénégal, avaient eu comme éléments moteurs des personnes issues des quartiers périphériques où l'on trouve une forte proportion de néo-urbains. D'ailleurs, d'un point de vue plus spécifiquement électoral, les résultats enregistrés en Afrique subsaharienne ces dernières années laissent souvent apparaître (Conroy Krutz : 2006) une plus grande difficulté des pouvoirs en place à gagner dans les villes ou tout du moins à réaliser des scores aussi importants que dans les espaces ruraux.


Les projections démographiques actuelles concernant l'Afrique subsaharienne prévoient toutes une augmentation très rapide de la population mais aussi un accroissement encore plus spectaculaire des populations urbaines. Un nombre important de personnes, en plus du croît naturel des populations urbaines qui est désormais au Sénégal le principal moteur de la croissance démographique de Dakar, quitte régulièrement les espaces ruraux pour s'installer dans les villes et, en particulier, dans les quartiers périphériques des villes. Ces populations et ces quartiers seront - ils le sont d'ailleurs déjà - au cœur des transformations sociales (affaissement de l'encadrement communautaire, essor de l'individualisation et de nouvelles formes de " communautarisations ") et des enjeux politiques (en raison de leur nombre surtout et de leur capacité à revendiquer et parfois se révolter). Aussi, nous paraît-il important de comprendre comment ces populations de néo-urbains[2] se socialisent, se solidarisent, se mobilisent ou sont mobilisées et comment ces processus s'insèrent dans la redéfinition du champ politique local.


Au Sénégal, le vote de ces populations, qui se combina d'ailleurs au vote des jeunes nés en ville, lors des élections de 2000 a largement contribué à la défaite d'Abdou Diouf et à la victoire d'Abdoulaye Wade. Néanmoins, il faut évidemment avoir conscience que cette analyse du cas sénégalais n'épuise pas le sujet et surtout pas la très grande pluralité de situations nationales au sud du Sahara.


C'est pourquoi, après avoir dressé un rapide tableau démographique de l'avenir du continent, nous nous arrêterons en détails sur l'exemple sénégalais. Nous tenterons de repérer les dynamiques et les " nouvelles " formes de mobilisations et/ou les nouveaux vecteurs de solidarité qui socialisent les individus dans les quartiers ainsi que leurs capacités à transformer les mobilisations sociales en mobilisations électorales. Ensuite, nous développerons rapidement deux contre-exemples qui montrent que l'évolution sénégalaise, si elle suggère des questions généralisables à tout le continent, offre des réponses ou une trajectoire qui lui sont propres. Nous dresserons dans un dernier temps, conclusif, un certain nombre de constats qui peuvent être précieux pour décrypter les évolutions actuelles et futures des pays au sud du Sahara.

 

[1] Cf. Alain Antil & Sylvain Touati : Crise alimentaire, " émeutes de la faim " et enjeux agricoles en Afrique subsaharienne, note de consultance pour le CAP, année 2008, 33 p.


[2] Notons que la catégorie " néo-urbains " fait débat chez les spécialistes de la ville, qui trouvent en fait ce terme trop flou (jusqu'à quand est-on encore néo-urbain ?) et soulignent que la question de la relégation et de la contestation sociale urbaine concerne davantage les catégories d'urbains pauvres que les seuls néo-urbains. Néanmoins, nous utiliserons ce terme dans ce texte qui n'a pas d'ambition heuristique ou théorique. De plus, nous désirons surtout pointer le phénomène de l'exode rural massif en cours et de l'impact politique de cet exode rural, ce terme nous paraît donc adéquat, même si le concept pose problème dans le champ scientifique.

 

Decoration

Contenu disponible en :

Régions et thématiques

Thématiques analyses

ISBN / ISSN

978-2-86592-813-2

Partager

Téléchargez l'analyse complète

Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.

L'insertion des néo-urbains dans le jeu politique : L'exemple du Sénégal

Decoration
Auteur(s)
Photo
Alain Antil

Alain ANTIL

Intitulé du poste

Directeur du Centre Afrique subsaharienne de l'Ifri

Image principale
Afrique subsaharienne
Centre Afrique subsaharienne
Accroche centre

Créé en 2007, le centre Afrique subsaharienne de l’Ifri produit une analyse approfondie du continent africain, de ses dynamiques sécuritaires, géopolitiques, politiques et socio-économiques (en particulier le phénomène d’urbanisation). Le Centre se veut à la fois, via les différentes publications et conférences, un espace de diffusion d’analyses à destination des médias et du public mais aussi un outil d'aide à la décision des acteurs politiques et économiques à l'égard du continent.  

 

 

Le centre produit des analyses pour différents organismes tels que le ministère des Armées, le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’Agence française de développement (AFD) ou encore pour différents soutiens privés. Ses chercheurs  sont régulièrement auditionnés par les commissions parlementaires.

 

 

L’organisation d’événements de divers formats complète la production d’analyses en amenant les différentes sphères de l’espace public (académique, politique, médiatique, économique et société civile) à se rencontrer et à échanger outils d’analyse et visions du continent. Le Centre Afrique subsaharienne accueille régulièrement des responsables politiques de différents pays d’Afrique subsaharienne. 

Image principale

Une élection dans les crises. Quelles perspectives pour les élections générales éthiopiennes de 2026 ?

Date de publication
27 mars 2026
Accroche

Les citoyens éthiopiens sont appelés aux urnes le 1er juin 2026, à l’occasion des prochaines élections générales, les septièmes depuis la fondation de la République fédérale démocratique d’Éthiopie en 1995. Il est peu probable que ces élections conduise à une alternance. Comme le montre en effet cette étude, le gouvernement semble avoir déjà mis en place les mesures qui permettront sa réélection, dans un contexte de multiplication des conflits armés qui n’est propice ni à l’ouverture ni aux transitions politiques.

Jean-Nicolas BACH
Image principale

Quelle place pour l’Afrique subsaharienne dans le monde ?

Date de publication
14 janvier 2026
Accroche

En s’appuyant sur une approche extrinsèque, alliant histoire globale, géopolitique et relations internationales, ce papier tente de périodiser les modalités des relations de l'Afrique subsaharienne avec le reste du monde. Après un retour rapide sur les périodes précoloniales, coloniales et de Guerre froide, sont explorées plus spécifiquement les périodes 1990-2015 et 2015-2025.

Image principale

Un « faux départ » : l’avenir des chefferies coutumières en Afrique

Date de publication
24 février 2026
Accroche

Au-delà du seul cas du Burkina Faso, la cérémonie hebdomadaire du « faux départ » du Moro Naba, « l’empereur des Mossi » symbolise dans l'Afrique d’aujourd'hui la position paradoxale de dirigeants traditionnels jouissant d'une influence qui se situe en marge de la sphère politique moderne tout en conservant à la différence de celle-ci, une forte dimension religieuse.

Image principale

La politique russe de recrutement de combattants et d’ouvrières en Afrique subsaharienne

Date de publication
18 décembre 2025
Accroche

La guerre russo-ukrainienne, déclenchée le 24 février 2022, s’est rapidement internationalisée. La Russie et l’Ukraine se sont très vite efforcées de mobiliser leurs alliés afin d’obtenir un soutien politique et diplomatique, ainsi que des ressources militaires et économiques. Mais les deux belligérants ont aussi cherché à recruter des étrangers à titre privé pour soutenir leurs efforts de guerre respectifs. Cette politique est globale et s’étend de l’Amérique latine à l’Extrême-Orient. L’Afrique subsaharienne, dans ce panorama, présente un intérêt particulier car elle constitue un vivier de recrutement vaste et facilement accessible, en raison de taux de pauvreté élevés dans la plupart des pays de la zone conjugués à un important désir d’émigration.

Thierry VIRCOULON Horacio GIVONE

Comment citer cette étude ?

Image de couverture de la publication
L'insertion des néo-urbains dans le jeu politique. L'exemple du Sénégal
Alain ANTIL, « L'insertion des néo-urbains dans le jeu politique : L'exemple du Sénégal », Notes, Ifri, 22 décembre 2010.
Copier
Image de couverture de la publication
L'insertion des néo-urbains dans le jeu politique. L'exemple du Sénégal

L'insertion des néo-urbains dans le jeu politique : L'exemple du Sénégal