La double vie des pêcheurs chinois, au service de l’armée de Pékin
Le 25 décembre 2025 autour de 2000 navires de pêche se sont rassemblés dans les eaux entre la Chine et le Japon, selon a rapporté une enquête diffusée par le journal américain « The New York Times ». À travers des images satellites et des données AIS, le journal américain a observé deux colonnes de navires s’étendant sur plus de 400 kilomètres. Des barrières flottantes tellement denses que certains navires cargo ont dû les contourner.
Début janvier, le New York Times rapporte une formation similaire dans la même zone. Le gouvernement chinois n’a pas commenté ces événements, mais selon des nombreux analystes, ces déploiements sont orchestrés par les forces armées chinoises.
Tensions avec le Japon
L’objectif de ces mouvements serait d’intimider le Japon, en crise diplomatique avec la Chine depuis l’arrivée de la nouvelle Première ministre nippone Sanae Takaichi, en novembre 2025. Ces manouvres pourraient être aussi un entraînement pour des futurs conflits car les pêcheurs concernés appartiennent, selon les experts, aux milices maritimes chinoises. Ce sont des marins qui se dédient principalement à la pêche, ponctuellement appelés par les forces armées.
« En cas de véritable crise, la milice maritime chinoise ne serait pas une force absolument décisive, mais elle permettrait de brouiller le théâtre parce qu'il y aurait beaucoup plus d’acteurs sur le plan d’eau », explique Marc Julienne, directeur du Centre Asie de l’Ifri.
« Un outil de pression »
Mobiliser des marins-pêcheurs civils, qui ne sont pas formés aux situations de conflits implique « prendre le risque de les blesser ou tuer » et par conséquent « d’assumer un coût social du fait d’envoyer des civils à des fins politiques », avance Marc Julienne.
Depuis 2021, le centre de recherche américain CSIS compte les navires des milices chinoises déployés en mer de Chine méridionale, atteignant des niveaux record en 2025 : 241 navires étaient présents chaque jour, en moyenne, dans cette zone, où des nombreuses îles et des récifs sont contestés par les Philippines, la Malaisie, le Vietnam et surtout par la Chine.
Le déploiement des navires de pêche permet à la Chine de revendiquer sa souveraineté sur l’ensemble de la mer de Chine méridionale. Les milices maritimes sont « un outil pour faire pression sur ses voisins », conclut le chercheur Marc Julienne.
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