"Autonomie stratégique" ? En Asie, face à la Chine et aux États-Unis, "la troisième voie" bien solitaire de Macron
En visite au Japon et en Corée du Sud du 31 mars au 3 avril, Emmanuel Macron a exprimé son souhait de former une « coalition des indépendants » face à l’imprévisibilité de son homologue américain et à l’hégémonie de la Chine dans la région. Une « troisième voie » qui reste pour le moment hautement symbolique.
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Forte dépendance aux États-Unis
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Pour autant, d’après Céline Pajon, responsable de la recherche Japon et Indo-Pacifique au Centre Asie de l'Ifri, il reste difficile de parler d'une troisième voie en ce qui concerne ces nouvelles coopérations. « Au Japon et en Corée du Sud, les efforts d’autonomie stratégique s’entendent d’abord sur le plan de la sécurité économique, via la diversification des chaînes de production, et de la sécurité énergétique, plutôt que dans le domaine de la défense », explique-t-elle. Les principaux engagements concernent d’ailleurs les domaines des minerais critiques, du nucléaire civil, de l'éolien, de la coopération spatiale ou encore des technologies quantiques. Les échanges restent pourtant discrets : deuxième et troisième partenaires commerciaux de la France en Asie, le Japon et la Corée du Sud ne sont que ses douzième et dix-septième clients à l’échelle mondiale, encore très loin derrière la Chine.
Une idée symbolique
« L’idée de troisième voie est utilisée de manière très fluctuante par les diplomates, c’est un terme qui est très propre à la présidence Macron et qui ne résonne pas forcément au Japon et en Corée du Sud », ajoute la chercheuse. Et pour cause, en matière de défense, les deux pays, historiquement proches de Washington et couverts par le parapluie nucléaire américain, ne sont pas prêts à se distancier de leur allié. Dans un contexte où la Chine s’impose comme la puissance militaire incontournable de la région, les deux pays restent très dépendants de la défense américaine. D’un côté, le Japon serait en première ligne en cas de crise dans le détroit de Taïwan. De l’autre, la Corée du Sud s’inquiète de son voisin du Nord, soutenu militairement par la Russie.
Derrière l’idée d’une « troisième voie » semble plutôt se cacher un discours hautement symbolique du président Macron, encore loin de s’autonomiser réellement des États-Unis ou de la Chine. « Cela va peut-être se jouer davantage au niveau bilatéral, mais même là, il y a des limites. La France a renforcé sa coopération avec le Japon d’un côté et la Corée de l’autre, mais il n’y a pas de mise en réseau ou d’accord trilatéral », précise la chercheuse. Même chose pour le Canada, le Brésil ou l’Inde : des accords bilatéraux ont été conclus, mais aucune coalition n’existe entre ces différents pays. Une annonce ambitieuse, qui ne fait pas consensus au sein de l’Union européenne et que la France ne peut assurer seule. « En revanche, on pourrait voir émerger des coalitions ad hoc, sur des sujets spécifiques, comme avec l’alliance solaire internationale lancée conjointement par la France et l’Inde, ou encore la coalition des volontaires autour de l’Ukraine », conclut Céline Pajon.
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