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Discours sur la dissuasion nucléaire d’Emmanuel Macron : « Une réponse forte au nouveau contexte international »

Interventions médiatiques |

interviewé par Charles de Saint-Sauveur et Anissa Hammadi dans

  Le Parisien 

 
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Selon Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales (Ifri), la nouvelle doctrine nucléaire française présentée par Emmanuel Macron est une « inflexion majeure » dans un moment de ruptures géopolitiques.

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Thomas Gomart, Ifri
Thomas Gomart, directeur de l'Ifri
Mike Chevreuil / Ifri
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L’historien Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales (Ifri), est l’un plus fins analystes de ce monde en pleins bouleversements. Dans son dernier livre (« Qui contrôle qui ? Les nouveaux rapports de forces mondiaux », Éditions Tallandier, 20,90 euros), il met en scène les nouveaux antagonismes à travers six « duels », parfois surprenants. Si Poutine-Zelensky ou Netanyahou-Khamenei ne sont pas oubliés, il est aussi question de Trump face à Ursula von der Leyen ou du Vatican face… à la Silicon Valley.

Emmanuel Macron a annoncé dans son discours ce lundi une « évolution majeure » de la doctrine française. Comment l’interprétez-vous ?

C’est un discours très important. Une réponse forte au nouveau contexte international, cette période de rupture « pleine de risques » comme l’a dit le président. L’inflexion majeure, outre l’augmentation annoncée du nombre de têtes nucléaires après trente ans de baisse, c’est cette dimension européenne donnée à la dissuasion nucléaire. Au terme d’une vaste et discrète manœuvre diplomatique, huit pays ont accepté d’être cités. Cela signe l’importance de ces discussions à très haut niveau sur ce qui touche au cœur de la sécurité européenne. Le président le rappelle à la fin de son discours : la France est une puissance nucléaire, la seule en Europe continentale, elle a donc voix au chapitre dans un moment où les grands équilibres stratégiques sont en train d’être redéfinis. Avec, notamment, la remise en cause du lien transatlantique.

Les Européens ont conscience du lâchage américain ?

Beaucoup de pays n’ont pas encore intégré qu’à la fin du film, il n’y a plus de cavalerie américaine. Nous, Français, l’avons intégré, puisque l’autonomie est au cœur de notre culture stratégique depuis le général de Gaulle. L’Europe est en quelque sorte victime de son succès : elle a réussi la paix, mais a commencé à se désarmer de manière structurelle dans les années 1970. Même après le 11 septembre 2001, quand tous les autres se sont mis à réarmer. La France ne le fait que depuis 2017. L’Allemagne, 2022…

Dans ce monde où la loi du plus fort semble l’emporter, les Européens ont-ils raison de s’arc-bouter sur le respect du droit international en Iran comme ailleurs, au risque d’être inaudibles ?

Je pense qu’ils ont raison. C’est la fameuse dialectique de Pascal : le droit sans la force n’est rien et la force sans le droit est arbitraire. Or, aujourd’hui, le rapport de force se substitue de plus en plus au rapport de droit. On est entré dans une nouvelle ère, plus complexe. L’ensemble des pays du monde comprend qu’il faut un minimum de règles pour fonctionner ensemble. Ils ont raison aussi sur un autre point : leur situation de grande faiblesse. Vouloir jouer le jeu de la force sans en être capable, c’est très dangereux. Il n’y a pas tellement d’alternatives.

Il n’y a pas eu d’opposition à l’intervention américaine, comme en 2003…

Il y a une grande différence par rapport à 2003, c’est que l’opposition avait été rendue possible par la relation très étroite entre Paris, Berlin et Moscou. Entre 2003 et 2026, il y a une évolution majeure qui est la trajectoire prise par la Russie de Vladimir Poutine. Et puis c’est sans cesse rappelé comme le grand moment de la diplomatie française, mais ça n’a absolument rien changé sur le cours des choses. L’autre point, c’est qu’il y a eu 2003 sous Jacques Chirac cette opposition, et puis il y a eu l’intervention en Libye (2011) sous Nicolas Sarkozy, c’est-à-dire une interprétation extensive du droit international. La position d’Emmanuel Macron, d’une certaine manière, est dans cet entre-deux.

La France s’est dite prête à « participer » à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie. Cela ne risque-t-il d’entraîner la France dans le conflit en Iran ?

À partir du moment où vous aurez des militaires français qui seront attaqués, oui. Nous ne sommes pas directement partie prenante au sens où on ne frappe pas l’Iran aujourd’hui, nous ne participons pas à une opération militaire. En revanche, même en position défensive, nous sommes impliqués. Et les Iraniens considèrent que nous le sommes, car la France tient ses engagements de sécurité avec ses partenaires émiratis — elle a un accord de défense très avancé avec les Émirats arabes unis —, jordaniens et, dans une moindre mesure, qataris et koweïtiens.

> Lire la suite de l'interview sur le site du Parisien.

 

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Charles de Saint-Sauveur et Anissa Hammadi

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