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Fin novembre 2025, s’est tenue à Belém, au cœur de l’Amazonie, la COP 30, dix ans après les accords de Paris. 189 États y ont participé, accompagnés de dizaines de milliers de représentants des sociétés civiles. Comme toujours difficile à obtenir, le texte final prévoit un triplement des financements destinés à l’adaptation au changement climatique pour les pays en développement. 

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Thomas Gomart, Ifri
Thomas Gomart, directeur de l'Ifri
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La COP a entériné les mécanismes pour une « transition juste ». Parallèlement, aucune feuille de route contraignante n’a été adoptée pour la sortie progressive des énergies fossiles. Une fois encore, les pays producteurs ont neutralisé la question centrale des combustibles fossiles. Autrement dit, la COP 30 est parvenue à maintenir un cadre multilatéral de lutte contre le changement climatique, qualifié d’« arnaque » par Donald Trump. Ce n’est pas rien au moment où celui-ci cherche à influencer d’autres dirigeants. Mais la COP 30 n’est pas parvenue à prendre des décisions critiques et engageantes. La trajectoire de plus deux degrés semble hors d’atteinte.

En réalité, les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre se heurtent à l’inertie du système énergétique mondial, comme l’expliquent Marc-Antoine Eyl-Mazzega et Diana-Paula Gherasim dans un ouvrage récent bienvenu, qui analyse la géopolitique du carbone. La Chine est le principal émetteur, loin devant les États-Unis ou l’Europe. C’est aussi le pays qui investit le plus dans les technologies bas-carbone. En ce qui concerne les émissions par habitant, ce sont les pays du Golfe qui sont les premiers, suivis par les Américains, les Australiens, les Canadiens, les Chinois et les Européens. Les Indiens et les Subsahariens ont de faibles émissions individuelles. Ces derniers sont parmi les principales victimes du changement climatique, tout en ayant un accès très restreint à l’énergie. Cette constatation soulève évidemment la question de la justice climatique.

Une bascule climatique a eu lieu après la crise de 2008 surmontée par des politiques de relance intensive en carbone. Ce n’est qu’après les accords de Paris que le rythme d’accroissement des émissions s’est ralenti différemment selon les régions. Il apparaît désormais que l’avenir du climat dépend en grande partie des pays d’Asie, qui concentrent la majorité de la population mondiale, la quasi-totalité des centrales à charbon et l’avenir de la croissance mondiale. En outre, la moitié de l’humanité vit dans des pays où l’électricité est produite avec au moins 30 % de charbon. Derrière les COP sous l’égide des Nations unies se joue un bras de fer permanent entre les États, les grandes entreprises et les ONG.

« Qui doit décarboner, avec quels objectifs, à quel rythme et qui doit en supporter les coûts ? Qui doit investir, comment, où, avec quelles incitations ? Quel avenir pour les énergies fossiles et les États rentiers ? Comment aider les pays et les populations les plus vulnérables et s’assurer que les efforts de protection de l’environnement favorisent le développement ? Quelle justice climatique au sein des États, régions et entre pays riches et pollueurs, et pays émergents ou vulnérables ? Comment concilier, à l’heure des guerres commerciales, ouverture aux échanges, développement et décarbonation, d’une part, et protectionnisme climatique, de l’autre ? » Autant de questions qui mettent en évidence les dimensions géopolitiques et géoéconomiques des transitions énergétiques. Après les avoir formulées, Marc-Antoine Eyl-Mazzega et Diana-Paula Gherasim définissent la « puissance climatique » comme la « capacité d’une entité (État, entreprise, ville) non seulement à se doter d’ambitions fortes, mais aussi à les mettre en œuvre concrètement et efficacement ». Il s’agit donc d’une stratégie inscrite dans la durée.

Les deux auteurs indiquent des ordres de grandeur macroéconomiques utiles à garder à l’esprit. Les investissements dans l’exploration et la production d’hydrocarbures plafonnent aujourd’hui autour de 1 000 milliards par an ; ils étaient de 1 370 milliards en 2015. Les investissements dans les technologies bas-carbone sont en constante augmentation. Ils atteignent les 2 000 milliards par an, un chiffre qui a doublé en dix ans. Il faudrait un effort de l’ordre de 3 000 milliards pour avoir une chance raisonnable de limiter le réchauffement global. Et combien de COP pour y parvenir ?

> Lire la chronique sur le site de la revue Études.

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