Guerre en Ukraine : « Les Russes veulent nous faire croire qu'ils ont le temps, mais ce n'est plus le cas »
Ukraine, quatre ans de guerre. Les négociations font du surplace. Les Russes font croire qu'ils ont le temps pour eux et compliquent tout avec de nouvelles exigences. Les Ukrainiens ne peuvent renoncer à une cause existentielle et les Américains, lassés, aimeraient passer à autre chose.
Pas de drapeau blanc à l'horizon. L'Ukraine entre dans sa cinquième année de guerre depuis l'invasion russe du 24 février 2022, sans aucune visibilité sur une fin possible du conflit. Après 1.500 jours de combat, plus d'un million de morts et de blessés, et 19,4 % du territoire ukrainien occupé, les négociations qui ont repris sous l'égide des Américains n'ont rien donné.
A ce stade, les positions sont irréconciliables. L'administration Trump souhaite avant tout une résolution rapide pour ensuite renouer des liens économiques avec les Russes. Le Kremlin veut une Ukraine à sa botte, avec le contrôle de ses choix stratégiques - la taille de son armée, le choix de son gouvernement, son adhésion (ou non) à l'Otan ou à l'Union européenne, la reconnaissance de la langue russe et de l'Eglise orthodoxe russe.
Et Kiev, appuyé par les Européens, exige que sa souveraineté soit respectée et sa sécurité future assurée alors que cette guerre est devenue absolument existentielle pour les Ukrainiens.
« Les fondamentaux ne bougent pas », observe Tatiana Kastouéva-Jean, directrice du Centre Russie/Eurasie de l'Institut français des relations internationales.
« Poutine a renoncé à obtenir militairement son premier objectif, qui était de contrôler Kiev, mais il a besoin des territoires du Donbass qui peuvent devenir le gage tangible de sa victoire auprès de sa population », explique la chercheuse.
Scinder les axes de négociation
Souhaitant convaincre ses interlocuteurs qu'il a le temps pour lui, il rejette un cessez-le-feu immédiat, rajoute des conditions préalables à chaque négociation, évoque les causes profondes du conflit qu'il attribue à l'extension des frontières de l'Otan. Lors des dernières négociations à Genève, il a mandaté son conseiller Vladimir Medinski, un dur des durs vis-à-vis de l'Ukraine, accompagné du chef du renseignement militaire russe, Igor Kostyukov, pour évoquer les questions territoriales sur le Donbass.
Kirill Dmitriev est, lui, chargé des discussions avec les Américains sur les questions économiques.
« Poutine cherche à scinder les différents axes de négociation. Il sait que les sujets économiques intéressent Trump et il aimerait séparer la question des sanctions de celle de la paix en Ukraine », estime Tatiana Kastouéva-Jean.
Sous la pression de Donald Trump, les Ukrainiens ont fait davantage de concessions : ils acceptent l'idée d'un cessez-le-feu, voire d'une zone démilitarisée dans le Donbass, mais refusent de concéder « de jure » des territoires occupés « de facto ». Selon un sondage réalisé en janvier par l'Institut de sociologie de Kiev, 54 % des personnes interrogées rejettent catégoriquement le transfert du Donbass aux Russes, mais 39 % seraient prêts à l'accepter en échange de garanties de sécurité substantielles. Sachant que la Crimée comme le Donbass resteraient considérés comme des territoires sous occupation russe, et qu'il ne doit en aucun cas s'agir d'une annexion.
Un sentier où l'on s'enlise
Toujours aussi inquiets, les pays voisins de l'Ukraine ne comptent plus, à ce jour, sur une défaite stratégique russe qui résulterait d'une percée surprise ou d'un coup de force. Ils craignent un « accord de paix où les Ukrainiens paient le prix d'un agrément conclu entre Américains et Russes », observe un bon connaisseur du dossier. Un accord grâce auquel Poutine obtiendrait des gains qu'il n'est pas arrivé à obtenir sur le champ de bataille, où il viendrait de perdre, sur le seul mois de janvier, 30.600 soldats.
Ces négociations sont devenues « un petit sentier sur lequel Poutine voudrait qu'on s'enlise », affirme Tatiana Kastouéva-Jean.
Beaucoup d'observateurs constatent pourtant que les difficultés s'accumulent en Russie et finiront par pénaliser le chef du Kremlin. Plutôt que d'attendre l'issue de négociations dont il n'y a rien à espérer, « il faut guetter les signes de faiblesse de la machine économique russe », estime l'un d'eux.
Après une croissance de 4,3 % en 2024, le PIB russe n'a progressé que de 1 % en 2025. « Les sanctions occidentales ont écorné les exportations d'hydrocarbures de la Russie et réduit ses recettes fiscales », a indiqué dans une note Tatiana Orlova, analyste chez Oxford Economics. Le baril de pétrole russe est commercialisé à moins de 36 dollars, soit 27 dollars de moins que le Brent. L'Etat va devoir couper plus sérieusement dans ses dépenses, a dû augmenter la TVA à 22 % au 1er janvier et va sans doute continuer à ponctionner les réserves du fonds souverain russe.
Maintenir la pression économique sur la Russie
Cela ajoute à la pression sur les finances publiques, sachant que 40 % du budget de l'Etat est consacré aux efforts militaires et que les coûts de recrutement sont exorbitants. « Les Russes veulent nous faire croire qu'ils ont le temps, mais ce n'est plus le cas. Il ne faut pas se laisser divertir par les négociations. La clé, c'est de maintenir la pression économique sur la Russie », explique un diplomate.
[...]
L'Union européenne va continuer à jouer sa partition. Elle est sur le point de valider son vingtième paquet de sanctions envers la Russie et, faute de s'être résolue à utiliser les actifs russes gelés, a accordé un prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine pour les deux ans qui viennent.
Donald Trump a clamé sa volonté de voir ce conflit s'éteindre - mais hormis le renseignement, il a cessé toute aide directe aux Ukrainiens, sur lesquels il fait toujours monter la pression. Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, il a refusé de financer « la guerre de Joe Biden » ou d'aider Volodymyr Zelensky, qui « n'a pas de cartes en main ».
« Trump se moque de la façon dont cette guerre se termine. Il veut juste empocher les dividendes sur le plan diplomatique comme sur la scène politique intérieure », estime Tatiana Kastouéva-Jean.
[...]
> Lire l'article en entier sur le site des Échos.
Média
Journaliste(s):
Format
Partager