La Chine teste un missile intercontinental, le Pacifique s’inquiète
Pékin a mené ce lundi 6 juillet son premier tir depuis un sous-marin lanceur d’engins depuis 1982. Cette démonstration de ses capacités de dissuasion nucléaire envoie un signal aux Etats-Unis, mais aussi aux pays du Pacifique sud où le missile est probablement tombé.
Une simple « mesure de routine » dit Pékin. Un gros coup de pression pensent ses voisins. Ce lundi 6 juillet, il était midi et une minute quand l’armée populaire de libération chinoise a tiré un « missile stratégique » depuis l’un de ses sous-marins nucléaires. L’engin « a atterri précisément dans les eaux désignées », quelque part dans le Pacifique, a annoncé l’agence de presse d’Etat, Xinhua. Il s’agissait d’un tir de test, sans charge nucléaire, « qui n’était pas dirigé contre un pays ou une cible en particulier », selon le ministère des Affaires étrangères chinois.
Pour le reste, un brouillard de guerre plane sur l’essai. On ne connaît pas exactement la zone d’impact, ni la trajectoire, ni le type exact de sous-marin utilisé, ni même le modèle de missile. « Il est assez probable que ce soit un JL-3, le dernier modèle balistique chinois présenté lors de la grande parade militaire de septembre 2025. Il est plutôt normal de tester le matériel lors d’un changement de génération et la Chine est dans son droit si elle tire dans les eaux internationales », indique Marc Julienne, directeur du Centre Asie de l’Ifri.
D’autres observateurs parlent d’un JL-2, tiré depuis la mer de Chine méridionale.
Les JL-3 sont probablement équipés de trois têtes nucléaires et leur portée estimée
dépasse les 10 000 kilomètres, ce qui permettrait à la Chine de viser les Etats-Unis depuis
ses eaux territoriales. La portée de leurs prédécesseurs, les JL-2, était plutôt estimée à 7
000 ou 8 000 kilomètres, faisant déjà planer une menace sur Hawaï ou l’Alaska.
Désormais, c’est tout le territoire américain qui est dans le viseur.
Zone pas connue
Contrairement à son voisin nord-coréen, la Chine n’est pas si coutumière de ces essais.
Elle a procédé en septembre 2024 à son premier test de missile balistique intercontinental
en quarante-quatre ans. Elle n’avait pas non plus tiré de missile depuis un sous-marin
depuis 1982, alors que les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie et l’Inde l’ont
tous fait au cours des cinq dernières années.
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La Chine démontre à la fois l’amélioration continue de ses capacités militaires, impulsée par Xi Jinping dès son arrivée au pouvoir en 2012, et sa capacité inchangée à mener des opérations d’envergure malgré les purges massives à la tête de l’armée.
Plus important encore, avec ce missile de très longue portée capable d’emporter des charges nucléaires, Pékin fait du «signalement stratégique», explique Marc Julienne. « Avec un tir réussi, la Chine montre au monde que ses capacités de dissuasion nucléaire océanique sont crédibles. » En ce sens, le test serait un message envoyé aux Etats-Unis, vus comme un rival systémique par l’Etat-parti.
La zone ciblée par le missile n’est pas connue, mais les avertissements envoyés par Pékin à la Papouasie-Nouvelle-Guinée, à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande suggèrent un impact dans le Pacifique sud, peut-être en mer de Tasmanie. « Ce n’est encore qu’une hypothèse, mais elle est étonnante. Il n’y a aucun Etat doté de l’arme nucléaire dans la région. Or la doctrine chinoise officielle est celle de la seconde frappe. C’est-à-dire qu’elle n’utiliserait un missile nucléaire qu’en riposte et contre un Etat doté », pointe Marc Julienne. Si la portée du missile est bien proche des 10 000 kilomètres, la Chine devait aussi trouver 2/3 une zone assez éloignée des intérêts américains dans la région pour ne pas provoquer de crise.
En Australie, un lien a rapidement été dessiné par certains observateurs entre le test balistique et la signature le même jour d’un accord de défense mutuelle entre l’île continent et les Fidji. Comme ses voisins des îles Salomon ou du Vanuatu, le petit Etat insulaire du Pacifique est surveillé de près par Pékin qui cherche par tous les moyens à développer son influence dans la région. L’accord avec Canberra est vu à l’inverse comme un moyen de contrer les ambitions chinoises.
« Etablir son pouvoir »
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« Montrer son agacement face à un accord par un tir de missile capable d’embarquer des têtes nucléaires n’aurait aucun sens. Ce n’est pas la même grammaire, pas le même registre », s’interroge de son côté Marc Julienne.
Si la zone d’impact est confirmée, le test serait dans tous les cas un signal envoyé aux
Etats du Pacifique.
[...]
Pékin avait déjà fait une démonstration en ce sens l’an dernier, en envoyant ses forces navales accomplir une circumnavigation de l’Australie. L’exercice s’était achevé par des tirs à munition réelle en mer de Tasmanie qui avaient perturbé les vols commerciaux entre l’Australie et la
Nouvelle-Zélande.
>> Un article à retrouver en intégralité sur le site de Libération.
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