« Le conflit ne se limite pas à une confrontation militaire classique » : ce livre qui met en lumière la longue guerre idéologique entre l’Iran et Israël
La guerre entre Israël et l’Iran dure depuis près d’un demi-siècle même si ce n’est devenu un affrontement direct et ouvert que récemment. Dans son dernier ouvrage, l’historien Clément Therme analyse avec une grande finesse les racines et les développements d’un affrontement qui va bien au-delà de la seule confrontation entre d’un côté Jérusalem et Washington et de l’autre Téhéran.
Dès sa conquête du pouvoir en février 1979, le régime des ayatollahs a fait de l’anéantissement d’Israël un objectif central. L’une des premières initiatives du Guide suprême, l’ayatollah Khomeyni, la plus haute autorité de la République islamique, fut de fermer l’ambassade israélienne ouverte à l’époque du Chah pour la donner à l’Organisation de Libération de la Palestine. Un geste symbolique et un marqueur du projet révolutionnaire qu’il prétendait incarner.
La haine éradicatrice contre le « Petit satan », selon le vocable du régime, a été tout autant voire plus encore que la détestation du « Grand satan » américain un facteur structurant du régime. La guerre entre Israël et l’Iran dure depuis près d’un demi-siècle même si ce n’était pas jusqu’aux massacres commis par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023 un affrontement direct et ouvert.
L’offensive américano-israélienne, aérienne et navale, lancée le 28 février 2026 dans le prolongement de la guerre des douze jours de juin 2025 en constitue l’apogée. « Le conflit ne se limite pas à une confrontation militaire classique. Il possède une dimension idéologique profonde, presque eschatologique », souligne l’historien Clément Therme qui est l’un des meilleurs spécialistes français de l’Iran. Il rappelle que « depuis 1979, la République islamique affirme que la disparition d’Israël constitue à la fois une obligation morale, une nécessité géopolitique, et une prolongation de sa mission révolutionnaire ».
A l’opposé les autorités de l’État hébreu, à commencer par Benyamin Netanyahou, « considèrent depuis au moins deux décennies que la survie du régime iranien constitue une menace stratégique durable et qu’à long terme un changement de régime à Téhéran pourrait devenir la seule solution pérenne à la menace nucléaire et balistique ».
Des relations très complexes au fil de l’histoire
Dans son essai Iran-Israël, la guerre idéologique de 1979 à nos jours (Tallandier)*, le chercheur associé à l’Ifri (Institut français des relations internationales) et enseignant à l’université Paul Valéry de Montpellier analyse avec une grande finesse les racines et les développements d’un affrontement qui va bien au-delà de la seule confrontation entre d’un côté Jérusalem et Washington et de l’autre Téhéran. C’est toute l’architecture de sécurité construite après la guerre froide au Levant, avec le rôle central des Etats-Unis pour contenir la menace iranienne, qui est en tain de se jouer. Au moment où le régime iranien, déjà profondément affaibli, joue sa survie et n’hésite pas à étendre le conflit aux monarchies du Golfe mais aussi en prenant en otage l’économie mondiale en fermant le très stratégique détroit d’Ormuz par où transitent plus de 20 % des exportations d’hydrocarbures.
Les relations entre les perses et les juifs au cours de l’histoire sont très complexes et le grand mérite du livre de Clément Therme est de ne pas se contenter d’évoquer les années de conflits depuis 1979 et l’exil d’Iran de la plus grande partie d’une communauté juive qui y vivait depuis 2000 ans et qui était estimée alors à quelque 100 000 personnes. Les deux peuples ont vécu ensemble, partageant notamment un imaginaire commun autour de la figure de Cyrus le Grand, au VIe siècle avant Jésus-Christ appelé le « messie païen » dans la tradition juive iranienne pour avoir en 539 avant JC libéré les Juifs déportés de force à Babylone autorisant leur retour à Jérusalem et la reconstruction du temple qui avait été détruit par Nabuchodonosor.
Ces liens ont été souvent mis en exergue. Après 1948, le tout jeune État d’Israël a cherché des alliances dans la région avec les grands Etats non arabes comme la Turquie laïque et membre de l’Otan ou l’Iran de la dynastie Pahlavi qui affichait sa proximité avec l’État hébreu. C’est d’ailleurs à cette époque que Téhéran lança son programme nucléaire qui fut dans un premier temps arrêté par les ayatollahs qui y voyaient une emprise impérialiste avant d’en comprendre l’intérêt stratégique notamment face à Israël qui s’était doté grâce à la France de la bombe.
L’Occident toujours plus inquiet de la course de la République islamique à l’arme nucléaire
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Les attaques du Hamas du 7 octobre et le choc qu’elles ont représenté à la fois par leur ampleur avec 1 200 morts, la prise de plus de 200 otages et le fait qu’elles se soient déroulées à l’intérieur même du territoire israélien ont changé la donne. « Les autorités israéliennes estiment dès lors que la dissuasion indirecte vis-à-vis de l’Iran a échoué et engagent une stratégie d’escalade progressive », rappelle Clément Therme. Elle se déroule en plusieurs temps visant d’abord à laminer les « proxys » manipulées par Téhéran telles que le Hamas en Palestine, le Hezbollah au Liban, les diverses milices chiites irakiennes, les Houthis du Yémen mais aussi le régime syrien, cet « axe de la résistance » qui entourait l’État hébreu.
Une fuite en avant qui isole l’Iran de plus en plus
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« En cherchant à transformer l’ensemble de la région en zone de pression, Téhéran risque surtout d’élargir la coalition des Etats désireux de contenir sa puissance et de neutraliser sa capacité de nuisance perçue comme une menace pour la stabilité et la prospérité régionale ainsi que pour l’équilibre de l’économie mondiale », note Clément Therme. Le régime des ayatollahs est aux abois mais son agonie risque d’être très longue et très meurtrière sur fond de chaos régional croissant. Le livre de Clément Therme nous permet de comprendre un peu mieux ce qui se joue au Levant.
Iran-Israël, la guerre idéologique de 1979 à nos jours. Clément Therme Tallandier.
>> Un article à lire en intégralité sur le site Challenges.
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