SCAF : après l’abandon du projet d’avion de chasse, les perspectives limitées de la coopération de défense franco-allemande
L’officialisation, lundi, de la fin du projet d’appareil de combat porté par la France et l’Allemagne autour d’Airbus et de Dassault permet aux deux Etats d’aller de l’avant. Mais la plupart des projets envisagés, plus modestes, demeurent flous.
L’annonce, lundi 8 juin, de l’arrêt du projet franco-allemand d’avion de chasse de sixième génération (dit « SCAF »), emblème de la souveraineté stratégique européenne porté par Paris et Berlin depuis près de dix ans autour d’Airbus et Dassault, a suscité de nombreuses interrogations des deux côtés du Rhin. A la fois sur la capacité des deux pays à trouver d’autres solutions pour le développement d’un tel appareil, et sur l’avenir, plus globalement, de la coopération franco-allemande en matière de défense.
La froideur des réactions politiques en a été l’une des illustrations. « Il est tout à fait logique que le chancelier Merz et le président Macron aient pris la décision de mettre fin au développement du SCAF », a ainsi jugé la vice-présidente du Parti social-démocrate au Bundestag, Siemtje Möller. « Ce grand projet reposait sur une répartition équitable des capacités industrielles, du savoir-faire technologique et du financement. Or, malgré de nombreuses tentatives de médiation, Dassault n’était pas disposé à s’engager dans cette voie », a-t-elle ajouté, reprenant les arguments sans cesse avancés côté allemand ces dernières années, tandis qu’une partie des élus de la coalition a, elle aussi, dit explicitement son soulagement.
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D’autres options
L’Allemagne, elle, ne s’en est jamais vraiment cachée : elle n’a pas attendu l’échec officiel de l’avion de combat franco-allemand pour chercher d’autres options. « Nous en discutons depuis des mois avec différents acteurs », a reconnu le ministre de la défense, Boris Pistorius, mardi 9 juin, rappelant qu’il était nécessaire de « faire la part des choses entre la raison et le cœur ». Paris et Berlin doivent encore discuter de ce qui reste du projet – notamment les systèmes de communication – à l’occasion du prochain conseil des ministres franco-allemand qui se tiendra début juillet.
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A Berlin, il n’est d’ailleurs plus question de grands projets d’ampleur comparable au SCAF. « Nous ne mettrions plus en place aujourd’hui ce projet tel qu’il l’avait été à l’époque, a reconnu M. Pistorius, mardi. C’est une leçon que nous devons en tirer. C’était un grand projet européen ambitieux qui se heurte aujourd’hui à la réalité. » « Les nouveaux projets de ces grandes structures s’inscrivent dans le long terme et nécessitent une structure de consortium industriel claire, à l’instar d’Airbus », a-t-il ajouté.
Parmi les pistes évoquées côté allemand pour cet avion de combat qui lui fait défaut, la possibilité d’une participation au projet piloté par le suédois Saab, ou au programme britannico-italiano-japonais Global Combat Air Programme. L’un et l’autre sont, en théorie, ouverts à des partenaires extérieurs, mais sont déjà relativement avancés, et il n’est pas certain qu’ils répondent aux besoins allemands, fait valoir le chercheur Emil Archambault, expert en armement à l’Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité, à Berlin.
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« Les projets qui se dessinent actuellement entre la France et l’Allemagne sont plus pragmatiques que le SCAF. La France et l’Allemagne ont été trop romantiques. Elles ont voulu y mettre tout le poids de la relation franco-allemande », décrypte Paul Maurice, spécialiste de la relation franco-allemande au sein de l’Institut français des relations internationales. Ce dernier se dit toutefois « dubitatif sur la suite ».
Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri
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