Le développement des hydrocarbures en Afrique de l’Est. Défis politiques et sécuritaires
Notes de l'Ifri, octobre 2019
L’Afrique de l’Est a le potentiel de connaître un boom gazier et d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) ces prochaines années grâce à plusieurs projets qui viennent d’être débloqués.
Le Mozambique a ainsi sanctionné deux projets totalisant plus de 15 millions de tonnes par an (Mt/an) de gaz liquéfié et un troisième devrait être lancé d’ici la fin 2019. Un premier Floating Liquefied Natual Gas plant (FLNG) d’ENI arrivera sur le marché en 2021-2022 et quatre autres trains de liquéfaction à terre dont deux de 6,44 Mt (Anadarko/Total) et deux de 7,6 Mt (ExxonMobil/ENI) seront disponibles vers 2023-2025. Or, avec les réserves en place, les sociétés impliquées tablent sur 50 voire 60 Mt/an par an d’ici à 2030. Ce volume permettra à ce pays d’Afrique de l’Est d’atteindre à moyen terme le quatrième rang mondial en matière de capacités d’exportation de GNL après les États-Unis, le Qatar et l’Australie. Quant à la Tanzanie, aucun développement ne devrait être sanctionné avant la fin 2019, dans le meilleur des cas.
Concernant le pétrole, aucun projet en Ouganda ni au Kenya n’a été formellement lancé. Aucune décision finale d’investissement ne devrait être prise avant 2020. En Ouganda, la relation entre les compagnies pétrolières et l’État reste très difficile, repoussant la mise en œuvre de développements.
Les découvertes pétrolières en Afrique de l’Est sont significatives à l’échelle régionale (jusqu’à 300 000 barils par jour potentiels, soit 0,3 % du total mondial actuel) mais leur développement est lié aux paramètres propres à chaque pays ayant des trajectoires politico-économiques différentes les unes des autres.
La gouvernance du secteur des hydrocarbures des pays où des découvertes ont été mises au jour (Ouganda, Kenya, Tanzanie et Mozambique) peine à se mettre en place car les fonctionnaires compétents dans ce domaine sont peu nombreux.
Les demandes maximisant le contrôle de l’État sur le secteur pétrolier – raffinerie en Ouganda ou utilisation de tribunaux d’arbitrage locaux en Tanzanie – sont de nature à freiner le développement des projets pétroliers alors même que ces pays ont besoin de revenus au plus vite afin de construire des infrastructures de base pour leurs populations et que la pression démographique est souvent très forte.
La politisation du secteur, comme en Ouganda et en Tanzanie, rend les projets encore plus complexes à financer. Au Kenya, c’est bien davantage des dynamiques locales et ethniques, dans la future région de production, qui compliquent leur développement.
Si les enjeux sécuritaires semblent largement circonscrits en Ouganda, ils représentent en revanche un sujet central au Kenya (Al Shebab), au Mozambique (Ansar al Sunna) et peut-être bientôt en Tanzanie avec la pénétration de mouvements islamiques dans la province où se seront implantés les trains de GNL.
La présence d’hydrocarbures dans les régions les plus défavorisées des pays pris en compte dans cette note – Ouganda/Lac Albert, Kenya/Turkana, Mozambique/Cabo Delgado, Tanzanie/Lindi-Mtwara, rend le développement pétrolier et gazier très complexe du fait des demandes sociales particulièrement fortes. Stress hydrique, mobilisation du foncier, partage des retombées économiques et financières, électricité sont autant d’enjeux conflictuels.
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