Représenter les intérêts privés pour renforcer la confiance entre la Russie et l'UE
L’élargissement du cercle des acteurs de la coopération Union européenne-Russie, par exemple aux entreprises ou associations, pourrait aider à résoudre nombre de difficultés. Il pourrait produire un rapprochement progressif des comportements sociaux, économiques ou politiques, et aider à remédier au déficit de participation citoyenne dans la gestion des relations entre l’Union et Moscou. Cet élargissement servirait ainsi à la fois le partenariat euro-russe et la construction européenne elle-même.
« Dans les limites de la compétence qui lui est conférée par le Traité, la Haute Autorité [...] est en relation directe avec toutes les entreprises. »
Jean Monnet, 1954
Le concept de « partenariat stratégique » reste encore flou tant pour la communauté des experts que pour les décideurs russes et européens. Pourtant, c’est précisément cette ambiguïté qui définit le mieux les relations bilatérales entre l’Union européenne (UE) et la Russie. D’une part, la Russie ne saurait prétendre à une adhésion formelle à l’Union, en raison du décalage entre son système politico-économique et les normes de l’UE, ainsi que de l’absence de volonté politique à s’engager sur la voie de l’européanisation. D’autre part, il semblerait que la conviction généralement partagée, selon laquelle la Russie n’a aucune intention d’adhérer à l’Union européenne, ne soit pas si définitive. À titre d’exemple, la majorité des 25 représentants russes des milieux politique, économique et d’expertise, interrogés sur ce sujet en janvier 2005, n’exclut pas l’hypothèse que la Russie soit un jour candidate à l’adhésion à l’UE.
Même si, à côté des anciennes républiques soviétiques, la Russie est souvent perçue comme source de menaces potentielles pour la soft security européenne, elle demeure malgré tout un État européen et se trouve de facto engagée, à bien des égards, sur la voie de l’intégration à l’espace économique européen. La Russie adopte, en effet, progressivement la réglementation et les normes communautaires dans le secteur économique ou, à défaut, prend des engagements à long terme dans ce sens.
Il faut par ailleurs prendre en compte le fait qu’à long terme, l’intérêt ne réside pas tant dans la forme actuelle de l’Europe politique que dans le processus d’intégration même, tentative sans précédent d’instituer une communauté de nations au service de tous ses membres. À cet égard, la véritable question n’est pas de savoir si l’UE est capable, ou désireuse, d’admettre la Russie en son sein, mais s’il sera un jour possible de créer une entité intégrée supposant l’existence d’un marché unique et une convergence, voire une unité, d’objectifs et d’actions sur la scène internationale. De ce point de vue, la participation de la Russie au processus d’intégration européenne n’est qu’une question de temps. Il est cependant peu probable que ce rapprochement puisse s’effectuer sans création progressive d’un environnement socioéconomique favorable aux citoyens. [...]
PLAN DE L’ARTICLE
- Intégration et confiance
- Le déficit démocratique dans les relations Union européenne/Russie
- Conclusions et recommandations
Ce texte, issu d'un workshop sur l'avenir des relations UE/Russie qui s'est tenu à l'Ifri le 2 décembre 2005, a été publié pour la première fois en mai 2006 dans la collection 'Russie.NEI.Visions', n°10(c), du Centre Russie.NEI de l'Ifri.
Timofeï Bordatchev est rédacteur en chef-adjoint de la revue Russia in Global Affairs et responsable des programmes de recherche au Conseil de politique extérieure et de défense (SVOP). Chercheur senior à l'Institut d'Europe (Académie des Sciences de Russie-RAN), il dirige le Centre des recherches appliquées sur les relations entre la Russie et l'Union.
Le texte est traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Alba Rossini.
Contenu disponible en :
Régions et thématiques
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Représenter les intérêts privés pour renforcer la confiance entre la Russie et l'UE
Centres et programmes liés
Découvrez nos autres centres et programmes de rechercheEn savoir plus
Découvrir toutes nos analysesLe droit dans le système international : plus qu’un instrument ?
Un double mouvement de juridicisation et de judiciarisation des relations internationales est à l’œuvre, même si les dispositifs juridiques internationaux paraissent fragiles. Porté par la multiplication des flux transnationaux, la vivacité des revendications égalitaires et l’émergence d’impératifs planétaires, ce mouvement pourrait conduire à une mutation du système international. À l’avenir, ce système pourrait être caractérisé par son hétérogénéité et son instabilité.
Tunisie, 2011-2020 : la démocratie contre l’efficience de l’action publique ?
Après le renversement du régime de Ben Ali en 2011, la Tunisie a mis en place un système politique visant à éviter une trop forte concentration du pouvoir. Toutefois, ce nouveau système n’est pas satisfaisant : il a abouti à une telle dispersion du pouvoir que l’action publique en devient inefficace et minée par le clientélisme. De profondes réformes doivent être conduites pour rendre les gouvernements plus efficaces et légitimes. Sinon, la tentation autoritaire pourrait faire son retour.
Faut-il négocier avec les djihadistes au Sahel ?
Les armées déployées au Sahel ne parviennent plus à endiguer la menace terroriste. La répression parfois indiscriminée contribue même à nourrir les dynamiques des conflits. Face à ce constat, d’autres pistes pourraient être explorées pour essayer de stabiliser cette zone. La négociation avec les groupes djihadistes pourrait être une option. De nombreux obstacles se dressent cependant sur cette voie et les négociations tentées sur d’autres théâtres n’ont pas toujours produit les effets escomptés.
Quel rôle pour la Commission internationale humanitaire d’établissement des faits ?
Presque trente ans après sa création, la Commission internationale humanitaire d’établissement des faits (CIHEF) peine à accomplir sa mission, en dépit de sa large reconnaissance par les États. Les raisons en sont multiples : erreurs sur l’orientation, sur le positionnement dans le paysage institutionnel, ou insuffisances du traité constitutif lui-même. On détaille ici ces obstacles, en suggérant quelques pistes pour revigorer une institution dont le rôle est plus que jamais crucial.