Défense de la culture française par la culture européenne
Philosophe et écrivain, Jean-Paul Sartre (1905-1980), est un intellectuel engagé, figure de proue de l'existentialisme et fondateur de la revue Les Temps Modernes (1945). Après la Seconde Guerre mondiale, il se rapproche du Parti communiste français (PCF) et participe à la fondation du Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR) dont il démissionne à l'automne 1949. En 1964, il refuse le prix Nobel de la littérature.
La culture française, nous dit-on de tous côtés, est aujourd'hui menacée. On constate, un peu partout à l'étranger, une moindre influence de cette culture française et, au contraire, on se plaint, chaque jour, de l'importation d'idéologies étrangères en France qui, dit-on, risquent de faire craquer le cadre culturel traditionnel.
Notre culture est-elle menacée ? Peut-on la sauver, et comment ? Et tout d'abord, qu'est-ce, en général, que la culture ? Il n'est pas question, pour moi, de la définir et je voudrais seulement présenter quelques observations utiles à notre propos.
Si nous considérons une communauté à une époque quelconque (par exemple le milieu du XVIIIe siècle ou les années d'aujourd'hui), nous remarquons que, trop souvent, des époques de ce genre sont regardées comme un présent et, à la rigueur, comme un passé. On ne voit pas qu'elles sont aussi un avenir et un avenir à deux faces très différentes.
Actuellement, nous pouvons dire qu'il y a un avenir de notre présent constitué par un certain nombre de possibilités, de problèmes en cours, de recherches qui sont faites sur notre sol ou dans notre communauté par des groupes et des individus. Tel problème scientifique est en voie de solution. Telles réformes ou telles séries de réformes sont entreprises, tel roman fleuve, comme celui des Thibauld, est en voie d'achèvement, etc. En d'autres termes, nous avons là une sorte d'avenir qui fait partie de notre présent, qui revient sur lui pour lui donner un sens. En même temps, cette communauté se trouve engagée dans un avenir plus large qui peut être européen ou mondial et dans lequel, très souvent, l'avenir vient à elle sans qu'elle veuille ou qu'elle puisse facilement l'éviter. Dans ce cas-là, c'est l'action de l'avenir des autres sur elle-même qui s'exerce, car, en même temps que se poursuivent ces inventions, ces ouvrages ou cette peinture, existe, par exemple, la menace d'une guerre dans laquelle notre communauté risque d'être entraînée.
De sorte que nous sommes en face d'un double avenir : un avenir-destin qui est celui dans lequel nous sommes engagés avec plus ou moins de possibilités de l'éviter et un avenir libre qui est proprement le produit de cette communauté, son sens actuel et l'explication de son présent.
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