La démocratisation « post-conflit » en Afrique centrale : les causes d'un échec
La rédaction de Constitutions démocratiques et l’organisation d’élections ne garantissent pas un changement politique scellant une réelle fin de conflit. En RDC ou en Centrafrique, les anciennes élites sont toujours au pouvoir, le fonctionnement institutionnel reste une apparence de démocratie. Les acteurs internationaux ont souvent des approches dogmatiques, qui ne s’attachent pas vraiment à la reconstruction de long terme des sociétés civiles. La démocratie ne se décrète pas de l’extérieur.
Dans le discours sur la résolution de conflit et la consolidation de la paix, l’instauration d’un régime démocratique est présentée comme la garantie la plus durable pour mettre fin à la guerre et éviter son retour.
Les interventions internationales de résolution de conflit font de la démocratie leur unique horizon, arguant qu’il s’agit d’un système politique aux vertus pacificatrices : l’égalité de jure des citoyens, les libertés politiques et la légitimité du pouvoir issu de l’expression de la volonté populaire par les urnes. La démocratie représentative d’assemblée propose ainsi à la fois une forme de participation politique libre, un cadre juridique et une procédure spécifique de désignation du pouvoir : l’élection. Cette dernière étant censée rendre le pouvoir à la fois représentatif de la majorité de la population, et redevable devant celle-ci.
Plusieurs expériences contemporaines en Afrique conduisent à interroger cette évidence politologique de la démocratie comme régime pacificateur. Force est de constater que la démocratisation post-conflit est un chemin particulièrement ardu, où les déboires sont plus fréquents que les succès. On s’inspire ici de la trajectoire de la République démocratique du Congo (RDC) et de la République centrafricaine (RCA), deux pays qui, à dix ans d’intervalle, ont connu une intervention internationale portée par les mêmes acteurs (essentiellement l’Organisation des Nations unies – ONU – et l’Union européenne – UE – ), censée mettre fin au conflit et instaurer une démocratie salvatrice. Dans les deux cas, ni la paix ni la démocratie ne sont encore au rendez-vous.
Un mauvais départ
Dans le cadre de l’intervention internationale, les deux conditions initiales du projet démocratique sont la rédaction de constitutions démocratiques et l’organisation d’élections nationales. Or ces conditions s’appuient souvent sur de mauvaises fondations.
L’élaboration d’une constitution démocratique est toujours validée par un référendum. Comme dans les démocraties européennes, les référendums conduisent à une réponse populaire portant sur des enjeux divers, et peu voire pas du tout sur la question posée. Les référendums constitutionnels ne font pas exception à cette règle. Ils ne sont guère l’occasion d’un débat public et d’une prise de position populaire sur les règles du régime démocratique, car le contexte conflictuel ne s’y prête pas. Quand la guerre fait rage, ou vient de se terminer, le temps n’est pas aux débats : la majorité de la population lutte pour sa survie, une autre partie s’est réfugiée dans des pays voisins, une portion du territoire national reste inaccessible pour des raisons de sécurité, etc. […]
PLAN
- Un mauvais départ
- Un non-renouvellement de la classe politique
- Un fragile mariage de convenance
- Des politiques de promotion de la démocratie entre divergences, non-coordination et doutes
Thierry Vircoulon est chercheur associé au Centre Afrique subsaharienne de l’Ifri et enseignant à Sciences-Po Paris.
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