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Guerre en Ukraine : Schumpeter au pays des Soviets ?

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Politique étrangère, vol. 87, n° 2, été 2022
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Accroche

Le 24 février 2022, la Russie a envahi l'Ukraine. Le plan initial imaginé par Moscou visait à conquérir rapidement Kiev, à la manière de la doctrine américaine « choc et effroi ». Les Russes avaient cependant sous-estimé la cohésion de la nation ukrainienne et l'efficacité des troupes de ce pays. Ne réussissant plus à progresser, l'armée russe a choisi de concentrer ses opérations sur le Donbass et la côte de la mer Noire, où elle fait face à une forte résistance.

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Dans leur forme, les opérations militaires en Ukraine ouvertes le 24 février 2022 relèvent de l’« industriel tardif ». Les armées sont proches, dans leur organisation et leurs méthodes, de l’optimum de la fin de la Seconde Guerre mondiale – avec un volume des forces plus faible et quelques nouveautés qui n’annoncent pas forcément de révolution. En maîtrisant moins que prévu l’art industriel de la guerre, les forces russes n’ont pas réussi à utiliser à fond leur potentiel, contrairement à celles de l’Ukraine qui sont aidées par une puissante coalition de soutien.


Après une phase dynamique, où les Russes ont bénéficié de l’avantage initial de la puissance et de la surprise, les opérations se sont donc stabilisées sur un front rigide, à la manière des combats en Belgique et en France en 1914. Comme à l’époque, les moyens employés ont rapidement connu des rendements opérationnels décroissants, ce qui est la définition d’une crise schumpetérienne. Pour sortir de cette impasse, il n’est pas d’autre solution que de rompre l’équilibre des forces par l’engagement massif de ressources nouvelles, et surtout par l’innovation.


Un modèle opérationnel russe trop ambitieux, sur des bases trop faibles
 

Une armée est toujours l’association d’hommes et d’équipements, dans des structures données et avec une culture particulière. La combinaison de ces quatre éléments induit ce que cette armée est réellement capable de faire face à l’ennemi.


Dans ses équipements, l’armée de Vladimir Poutine a semblé émerger de la crise de l’après-guerre froide à partir de 2010, et surtout 2015, avec une nouvelle génération d’équipements très avancés, et complaisamment présentés, comme le système antiaérien S-400, les chasseurs Su-57 de cinquième génération, les missiles hypersoniques Kinjar ou les chars de bataille T-14 Armata. Toute une panoplie parfois sans équivalent dans le reste du monde.


Sans même parler de la corruption interne du complexe militaro-industriel russe, cette modernisation technique était cependant fragile. Les ressources budgétaires et le capital de savoirs étaient effectivement insuffisants pour soutenir simultanément la modernisation de toutes les composantes militaires – arsenal nucléaire pléthorique, grande force aérospatiale, marine, force aéroterrestre massive – d’une puissance qui se veut globale. Cette modernisation dépendait aussi beaucoup des apports de la technologie occidentale importée, une ressource qui s’est tarie d’un coup après les sanctions de 2014 liées à l’annexion de la Crimée. [...]


PLAN

  • Un modèle opérationnel russe trop ambitieux, sur des bases trop faibles
  • Face à la menace russe
  • La confrontation dans la profondeur
  • L’offensive aéroterrestre initiale russe et son échec
  • Une crise militaire schumpetérienne


Michel Goya est un ancien colonel de l'armée de Terre et un historien militaire. Il a récemment publié Le Temps des Guépards. La guerre mondiale de la France de 1961 à nos jours, Paris, Tallandier, 2022.

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Guerre en Ukraine : Schumpeter au pays des Soviets ?

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L’urbanisation du monde : pourquoi, jusqu’où ?

Date de publication
22 septembre 2020
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Depuis le XVIIIe siècle, le passage d’une économie agricole à une économie industrielle a produit une forte urbanisation. À la fin du XXe siècle, la dynamique de globalisation a relancé la hausse des taux d’urbanisation dans les nœuds économiques essentiels, alors que l’Afrique voyait ses campagnes se vider au profit des villes porteuses d’emplois formels ou informels. Aucun facteur simple ne permet de prédire une hausse continue du taux d’urbanisation, un phénomène qui revêt également des formes très diverses.

Gérard-François DUMONT
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D’une crise l’autre

Date de publication
22 septembre 2020
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Les crises financière de 2008 et sanitaire de 2020 ne résultent pas de la fatalité mais bien d’actions humaines. Elles illustrent certaines dérives du système international et de la mondialisation. Cupidité corruptrice, criminalisation des économies, propension au mensonge, tendance à oublier les leçons de l’histoire : tels sont quelques-uns des ingrédients de ces crises. La pandémie de COVID-19 risque d’engendrer une accélération des comportements prédateurs, notamment de la Chine.

Jean-François GAYRAUD
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Le secteur financier face au choc du COVID-19

Date de publication
22 septembre 2020
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Les mesures de confinement prises pour endiguer l’épidémie de COVID-19 ont provoqué une crise économique inédite. Celle-ci n’est pas comparable à la crise financière de 2008, dont la cause était endogène. Pour limiter l’impact de la récession, les gouvernants creusent les déficits publics et comptent sur l’intervention des banques centrales. La reprise économique et la sauvegarde de l’emploi dépendront de la capacité du secteur financier à se mettre au service de l’économie réelle.

Arnaud ODIER
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La souveraineté industrielle au révélateur du COVID-19

Date de publication
22 septembre 2020
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Au cours des vingt dernières années, la France s’est désindustrialisée, a délocalisé et étendu ses chaînes de valeur. Cette tendance s’est traduite, pendant la crise du COVID-19, par des pénuries de produits sanitaires et une dépendance à l’égard de la Chine. Pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise, plusieurs stratégies peuvent être envisagées. L’Union européenne sera amenée à jouer un rôle important dans le renforcement de la résilience économique de ses États membres.

Elie COHEN

Comment citer cette étude ?

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Michel GOYA, « Guerre en Ukraine : Schumpeter au pays des Soviets ? », Politique étrangère, Articles, Ifri, 21 juin 2022.
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Guerre en Ukraine : Schumpeter au pays des Soviets ?