Guerre au Yémen : an V
La guerre au Yémen est entrée dans sa cinquième année et s’est complexifiée. Affrontements tribaux et oppositions de puissances régionales s’y entremêlent. Le pays est morcelé et la situation humanitaire ne cesse de se détériorer. Les accords signés à Stockholm en décembre 2018 entre le gouvernement d’Abd Rabbo Mansour Hadi et les rebelles houthis peinent à produire des effets sur le terrain. Alors que le conflit s’enlise, les limites de l’action onusienne sont patentes.
Les divers conflits qui se déroulent au Yémen sont entrés depuis mars 2019 dans leur cinquième année. La lenteur des négociations entamées par le nouveau représentant spécial du secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), le Britannique Martin Griffiths, montre toute la complexité de ce dossier, que la communauté internationale a laissé dériver dès l’origine. Il n’est pas certain que le format actuel des discussions – gouvernement « légitime »/« rebelles » houthis –, repris lors des accords de Stockholm (6-13 décembre 2018), puisse apporter un début de réponse pérenne à cette guerre, tant la situation a évolué en quelques années. D’autres acteurs, qu’il serait illusoire de vouloir ignorer ou dissimuler, ont émergé, et on peut se demander si l’appréciation onusienne de la situation ne ressortit pas à la fiction.
Cette tentative de résolution des conflits yéménites s’inscrit en effet dans un environnement régional de plus en plus large et de plus en plus instable. Il ne concerne plus seulement le Proche-Orient, mais glisse inexorablement vers le sud de la Péninsule arabique et la région de la mer Rouge. Malgré certaines apparences rassurantes et trompeuses, l’équilibre des régimes de certains pays de cette zone pourrait basculer du fait de leur fragilité intérieure, politique ou économique (Arabie Saoudite, Iran, sultanat d’Oman). Il en va de même pour plusieurs pays de la Corne de l’Afrique, certains largement « faillis » (Somalie), d’autres de plus en plus fragiles (Djibouti, Kenya), et les « bonnes nouvelles » venant de la récente réconciliation entre l’Éthiopie et l’Érythrée ne doivent pas faire illusion concernant les autres pays des bords de la mer Rouge. Le président soudanais Omar el-Béchir vient de tomber du fait de la contestation de sa dictature, et le régime militaire égyptien peine à contenir le terrorisme.
La « communauté internationale » aura du mal à proposer dans un avenir proche des solutions équitables à des dirigeants souvent autocrates, dictateurs, voire criminels. La gravité du dossier yéménite, qui ne se limite pas à une catastrophe humanitaire, serait-elle de nature à annoncer d’autres conflits dans la région ? La pauvreté endémique de l’immense majorité des populations concernées fournit un terreau idéal aux organisations terroristes (Al-Qaïda, Daech) et autres islamistes radicaux qui, au nom d’un changement fantasmé, instrumentalisent la religion pour mieux assouvir leur volonté d’hégémonie. Le traitement de la gangrène du terrorisme islamique, qui se répand, peut-il se limiter à des assassinats ciblés par drones interposés, comme c’est le cas en Somalie et au Yémen ? [...]
PLAN
- Un environnement régional déstructuré
- Une situation politique précaire
- Un conflit militaire décalé
François Frison-Roche est chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Il a été directeur du projet français d’aide à la transition du Yémen (2012-2014).
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