La politique étrangère de la France : un cap pour les trente prochaines années
Une politique étrangère exprime une société unie qui organise ses rapports avec ses environnements en y défendant ses intérêts. Ces environnements ont, pour la France, considérablement changé depuis la fin de la guerre froide et le début de ce siècle. On peut désormais identifier les lignes de force définissant un nouveau cap – où la construction européenne occupera une place centrale – pour organiser l’ensemble de nos choix de politique étrangère pour les prochaines décennies.
Peut-on tenter de définir une politique étrangère ?
Evitons une première confusion, bénigne mais qui existe cependant, entre ce qu’on nomme la « géopolitique » et la « géographie politique ». En France, on définit souvent la géopolitique à partir de l’approche d’Yves Lacoste : les « représentations » relatives aux territoires. Je préfère l’expression plus précise : les « idéologies » relatives aux territoires. Le mot idéologie est ici pris dans le sens de « système d’idées ». Ce que nous pensons des espaces géographiques, des populations qui y vivent, ne constitue pas une représentation abstraite mais est profondément ancré au cœur de chacun, dans les têtes de chacun, dans des montages idéologiques qui habillent aussi des intérêts divers.
Mais beaucoup de problèmes internationaux s’inscrivent dans une logique géographique clairement extérieure à l’ordre idéologique. Par exemple, la régulation du trafic aérien civil ou nombre de problèmes économiques, d’un point de vue pratique, relèvent de logiques de politiques géographiques, ou de la géographie politique. Ce qu’on nomme la « géopolitique » ne recouvre donc pas la totalité du champ des questions territoriales.
Deuxième confusion : entre « géopolitique » au sens précis ou au sens commun et « politique internationale », confusion beaucoup plus grave en ce qu’elle traduit une vision implicitement déterministe de l’histoire. En identifiant géopolitique et politique internationale, on insinue que celle-ci est strictement déterminée par les caractéristiques territoriales, que les éléments territoriaux annihilent la liberté de décision. En réalité, les choix de politique internationale ne sont pas déterminés de manière univoque par la géographie politique. […]
PLAN
- Peut-on tenter de définir une politique étrangère ?
- Pour la France, différentes politiques étrangères sont-elles imaginables ?
- L’héritage de l’après-guerre
- Un enfermement américain ? - Comment reconstruire une politique étrangère ?
- La priorité européenne
- Négocier avec la Russie
- Une position propre vis-à-vis de la Chine
- Le flanc sud - Notre intérêt national a-t-il évolué depuis la publication, en 2017, de l’ouvrage qui porte ce titre ?
- Europe : penser des solidarités concrètes - Vous avez mentionné à plusieurs reprises les intérêts européens. Comment pourrait-on les définir ?
- Quelle place faire, dans une politique étrangère redéfinie, à l’Alliance atlantique ?
Thierry de Montbrial, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, est le fondateur et président de l'Institut français des relations internationales, ainsi que le fondateur et président de la World Policy Conference.
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