La Première Guerre mondiale et la balkanisation du Moyen-Orient
La Première Guerre mondiale a eu des conséquences tragiques pour le Moyen-Orient. Elle a conduit au dépècement de l’Empire ottoman et à une balkanisation de la région. La France et la Grande-Bretagne ont semé les graines de conflits futurs en faisant des promesses contradictoires aux notabilités et dirigeants locaux. L’instabilité que l’on observe aujourd’hui au Moyen-Orient puise ses racines dans les découpages qui ont fait suite à la Grande Guerre. Une nouvelle conflagration régionale est à craindre.
La commémoration du centenaire du début de la Première Guerre mondiale est l’occasion de revenir sur les conséquences de ce conflit majeur qui a ouvert le XXe siècle et entraîné des bouleversements considérables. Ce retour est d’autant plus nécessaire que nous pourrions bien être à la veille d’une nouvelle conflagration dont l’épicentre serait le Moyen-Orient. Les tensions – dont beaucoup trouvent leur origine, directement ou indirectement, dans la Première Guerre mondiale – y sont en effet intenses.
S’il est courant de considérer que ce conflit a planté en Europe même les germes de la Seconde Guerre mondiale, il est plus rare d’en évoquer les conséquences dramatiques sur le Moyen-Orient depuis l’effondrement de l’Empire ottoman qu’il a directement entraîné. On sait en effet que les lourdes conditions imposées par les vainqueurs français et anglais sur l’Allemagne ne sont pas étrangères à la montée du nazisme en Europe. À quoi il faut ajouter que cette guerre a précipité la Russie dans la guerre civile, avec la victoire du parti bolchevique et, en conséquence, le développement rapide de nombreux partis communistes en Europe, au Moyen-Orient, ainsi qu’en Extrême-Orient. C’est ainsi qu’a été créé le contexte historique propice à la déflagration de la Seconde Guerre mondiale. Celle-ci s’est prolongée dans la guerre froide et les innombrables conflits que cette dernière a attisés dans les pays du tiers-monde. L’effondrement de l’URSS en 1989-1990 n’a guère mis fin aux tourments du Moyen-Orient, et plus particulièrement des pays arabes.
Le Moyen-Orient a en effet continué d’être déchiré par des violences et affrontements militaires majeurs dont les sources se trouvent dans les séquelles de la Première Guerre mondiale, amplifiées par le conflit de 1939-1945 et la guerre froide. Certes, l’histoire ne se répète jamais, mais derrière les continuités et les ruptures qu’elle offre à l’observateur superficiel, il est des contextes qui restent favorables au maintien de situations conflictuelles. Dans le cas du Moyen-Orient et, plus spécialement, du monde arabe, les conséquences de la Première Guerre mondiale et ses suites immédiates refont surface aujourd’hui à l’occasion des révoltes qui secouent la région. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- Le dramatique dépècement de l’Empire ottoman et ses conséquences
- Les promesses inconciliables des Alliés
- Ex-provinces arabes de l’Empire : une balkanisation géographique et politique
- La création du « vide de puissance » dans le monde arabe
- Le Moyen-Orient, nouvelle « poudrière » d’un conflit mondial
Georges Corm est professeur à l’Institut des sciences politiques de l’université Saint-Joseph à Beyrouth. Il a été ministre des Finances du Liban (1998-2000) et a notamment publié Le Proche-Orient éclaté (Paris, Gallimard, 2012, 7e édition).
Article publié dans Politique étrangère, vol. 79, n° 1, printemps 2014
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