La reconnaissance de la Palestine par l'Australie : un cas où le statu quo prime sur la responsabilité
Les attentats terroristes perpétrés par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 ont coûté la vie à plus d’un millier d’Israéliens, modifiant irrévocablement la perception internationale du conflit israélo-palestinien. Le gouvernement australien a fait part de son profond choc et de son dégoût face aux attaques du Hamas, tout en réaffirmant son soutien diplomatique et politique indéfectible à Israël. Mais à mesure que la riposte israélienne s’est davantage orientée vers la vengeance et qu’elle a servi de prétexte pour réaliser le rêve idéologique de longue date d’un Grand Israël, le soutien de l’Australie s’est fait plus discret et conditionnel.2 Cela a abouti à l’adhésion de l’Australie à la Grande-Bretagne, à la France et au Canada pour reconnaître officiellement un État palestinien lors de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2025.
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Points-clés
La décision de l’Australie de reconnaître la Palestine visait à exercer une pression diplomatique sur Israël pour qu’il mette fin ou réduise sa guerre contre Gaza, et non à faire avancer la cause d’un État palestinien.
La décision du gouvernement de reconnaître la Palestine constituait également une tentative d’alléger la pression politique intérieure liée au refus du gouvernement de tenir Israël pour responsable de ses violations du droit international humanitaire.
La décision de l’Australie de reconnaître la Palestine met en évidence les tensions qui existent dans son processus d’élaboration de la politique étrangère entre sa culture stratégique, qui soutient le discours colonialiste d’Israël, et son internationalisme libéral, qui critique les violations persistantes par Israël du droit international humanitaire dans les territoires palestiniens occupés et ce que cela signifie pour l’Australie d’être un bon citoyen international.
La question est la suivante : comment expliquer ce revirement diplomatique apparent de l’Australie ? Pour y répondre, cet article replace la reconnaissance de la Palestine par l’Australie dans son contexte historique, en soutenant que la décision du gouvernement de reconnaître la Palestine résulte de l’interaction entre la culture stratégique de l’Australie et son internationalisme libéral dans la définition de ce que signifie être un « bon citoyen international » (GIC). Le professeur de relations internationales Hakan Mehmetcik définit le GIC comme « un concept multidimensionnel qui englobe non seulement les actions des États, mais aussi leurs motivations, leurs engagements et les considérations éthiques plus larges qui guident leur comportement sur la scène mondiale ».
D'un côté du débat sur le GIC se trouve la culture stratégique de l'Australie. Il s’agit d’un ensemble distinct de croyances, d’attitudes et de pratiques concernant l’usage de la force, issu d’un processus historique unique et prolongé. Ce processus reflète l’héritage colonial anglo-saxon de l’Australie et le besoin correspondant de puissances protectrices pour défendre ses intérêts contre une éventuelle agression étrangère. Par conséquent, la culture stratégique de l’Australie privilégie la sécurité continue d’Israël par rapport aux revendications palestiniennes d’un État. Depuis la création d’Israël, l’Australie a suivi la ligne orthodoxe de la politique étrangère des États-Unis (US) sur le conflit israélo-palestinien, qui tolère, apaise et soutient les politiques coloniales de peuplement israéliennes visant à asservir et à pacifier les Palestiniens jusqu’à ce qu’ils ne constituent plus une menace pour l’État israélien. De ce point de vue, pour que l’Australie se considère comme un GIC, sa politique étrangère doit être finement alignée sur les calculs stratégiques des États-Unis.
De l’autre côté du débat se trouve l’adhésion de l’Australie à un cadre de politique étrangère international libéral qui promeut l’ouverture diplomatique, l’égalité souveraine, le respect des droits de l’homme et la responsabilité démocratique. Cela se traduit par le soutien de l’Australie aux opérations collectives de maintien de la paix, à la promotion de l’État de droit et à l’ensemble des institutions internationales destinées à résoudre les problèmes mondiaux complexes. Comme l’a déclaré Penny Wong, ministre des Affaires étrangères de l’Australie : « Nous voulons un monde pacifique, stable, prospère et respectueux de la souveraineté. Un monde où les différends sont réglés conformément au droit et aux normes internationaux, et non par la force et la taille. » Dans cette perspective, pour l’Australie, se considérer comme un GIC signifie non seulement agir conformément à ces principes, mais aussi refuser d’accepter ou de tolérer les actions d’autres États qui y sont contraires.
L’interaction entre ces deux concepts crée parfois des tensions dans l’élaboration de la politique étrangère australienne, car la culture stratégique favorise le maintien du statu quo, tandis que le respect des valeurs internationalistes libérales exige de la vigilance et, parfois, des changements nécessaires.
>>> Ce Briefing est disponible uniquement en anglais.
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