Americans First : la géopolitique de l'administration Biden
La géopolitique de l’administration Biden commence à être perçue. Elle entend s’appuyer sur une nation réconciliée, et acceptant de voir dans les objectifs de politique étrangère la défense de ses propres intérêts. Elle cible la Chine comme défi prioritaire, suivant en cela l’administration précédente. Et mise sur les alliés pour reprendre un leadership des nations démocratiques. L’enjeu interne reste ouvert et la nécessaire réconciliation politique pourrait s’avérer difficile à atteindre.
Il est encore difficile de cerner la géopolitique de l’administration Biden. Pour autant, il n’est pas impossible d’en repérer les grandes lignes, qui transparaissent tant dans l’Interim National Security Strategic Guidance (INSSG) que dans les discours, conférences de presse, communiqués et initiatives de ses responsables.
Il s’agit tout d’abord que les États-Unis retrouvent un leadership contesté. Pour cela, il faut réinventer les conditions qui, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, ont permis aux États-Unis d’ouvrir un « siècle américain » qui fait aujourd’hui figure de souvenir lointain. Sur le plan intérieur, l’Amérique conjuguait alors dynamisme de l’entreprise privée et régulation étatique, les classes moyennes y étaient au cœur de la société et le consensus politique entre les deux partis très large. À l’extérieur, le pays venait de rejeter la voie de l’America First pour se convertir à l’idée que son épanouissement intérieur dépendait de sa capacité à imposer un ordre international libéral. Entre la Seconde Guerre mondiale et 1949, les États-Unis se sont assuré un ascendant perçu comme naturel et largement consensuel – un leadership – sur un système à trois piliers : un marché international ouvert, permettant aux firmes américaines de jouer de leur compétitivité et aux classes moyennes de prospérer ; un système de coopération multilatérale étayé par des alliances permettant de partager la charge de la protection stratégique de ce marché et une croisade idéologique permettant de légitimer les interventions militaires nécessaires et de justifier, aux yeux du pays, le coût de cette nouvelle politique étrangère.
Ce temps paraît bien loin. L’Amérique donne l’impression d’une société déchirée et d’une démocratie fragilisée par une polarisation exaspérée. Jamais, depuis la Seconde Guerre mondiale, son leadership extérieur n’a paru aussi contesté. La démocratie semble partout en recul face aux autocraties, alors que l’ascension de la Chine fait figure de défi premier.
Biden sait que si son prédécesseur a exacerbé les problèmes, il ne les a pas créés. Dès 2008, à la convention démocrate, Bill Clinton avait résumé le double défi : « Chez nous, le “rêve américain” est assiégé. Le leadership des États-Unis est affaibli à l’étranger. » Tel était le contrecoup de la globalisation sur la condition de millions de salariés, d’une politique néolibérale qui avait creusé les inégalités avant de déboucher en 2007-2008 sur une crise de l’ensemble du système financier, mais aussi des « guerres sans fin » dans lesquelles, sous l’effet conjugué de l’hubris née de la chute de l’URSS et de la panique du 11 Septembre, les États-Unis s’étaient engouffrés. […]
PLAN
- Retrouver le leadership des démocraties
- Lier enjeux internes et externes
- Renouer avec les alliés
Pierre Melandri, historien, ancien professeur des universités à Sciences Po, est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire et la politique étrangère des États-Unis, dont : Le Siècle américain, une histoire (Paris, Perrin, 2016).
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Americans First : la géopolitique de l'administration Biden
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