Breaking Up is Hard to Do. Royaume-Uni et Union européenne après le Brexit
En dépit des postures, Royaume-Uni et Union européenne cherchent tous deux un accord. Mais la stratégie du bord du gouffre de Londres, et la maîtrise de Bruxelles sur le calendrier et le déroulement des négociations pourraient ne permettre qu’un « accord faute de mieux ». De style « australien » ou « canadien », un accord commercial de dernier moment aurait de rudes conséquences économiques pour le Royaume-Uni, dans le cadre d’un Brexit menaçant le système politique et l’unité même du Royaume.
Pour un vrai politiste, n’est prévisible que ce qui est inévitable. Et aussi longtemps que les choses demeurent politiques, elles ne sont pas inévitables. Le Brexit a toujours été, et restera, politique. Il n’y a donc rien d’inévitable dans la prospective des relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne (UE), au court, moyen, ou long terme. Et si rien n’est inévitable, rien n’est connu à l’avance. Les relations politiques, comme les relations sociales, se nouent, se renouent, se rompent à travers des processus qui les déterminent. Et, comme on va le voir, une rupture est rude à consommer : en l’occurrence elle est difficile à conclure, elle laissera traces et cicatrices.
Par nature, la relation entre l’UE et le Royaume-Uni peut évoluer selon des logiques et avec des résultats très divers, à tous horizons imaginables : on pourrait donc se contenter d’attendre… Mais certaines solutions sont plus vraisemblables que d’autres, et même une science politique non-prédictive peut espérer identifier au moins quelques facteurs déterminants pour la future relation.
S’il est impossible aujourd’hui de savoir quelle forme de Brexit se concrétisera parmi toutes celles qu’on peut concevoir, toutes les formes de Brexit imaginables ne sont pas possibles, et tout ce qui est possible n’est pas vraisemblable. On hasardera donc ici des conjectures plus probabilistes que prédictives, en espérant qu’elles contribuent à clarifier quelques-uns des enjeux, et des facteurs qui pourraient contribuer à la résolution du problème.
Perspectives d’un accord, conséquences possibles d’un no deal
En octobre 2020, ce texte est écrit à un moment où les négociations commerciales entre l’UE et le Royaume-Uni semblent particulièrement incertaines. Le « tunnel » où elles semblent se trouver peut déboucher sur un accord du dernier moment… ou sur une voie sans issue. Les conséquences de ces deux hypothèses sur la relation entre les deux acteurs seraient radicalement différentes.
Comment pouvons-nous nous trouver, à moins de trois mois d’un éventuel Brexit sans accord commercial, à ignorer si un accord, quel qu’il soit, demeure possible ? Et que nous dit cette situation sur les motivations des parties à la négociation ? Deux points peuvent ici être soulignés. […]
PLAN
- Perspectives d’un accord, conséquences possibles d’un no deal
- Scénarios pour une relation future
- Les facteurs de long terme de la relation post-Brexit
- Les difficultés pratiques de la stratégie de Global Britain
- Les dommages sur le modèle de croissance anglo-libéral
- Les variables politiques ne sont pas moins significatives
Florence Faucher est professeur au Centre d’études européennes et de politique comparée (CEE) de Sciences-Po Paris, et membre associée du Nuffield College à Oxford.
Colin Hay est professeur au Centre d’études européennes et de politique comparée (CEE) de Sciences-Po Paris, et co-fondateur du Sheffield Political Economy Research Institute (SPERI) de l’université de Sheffield.
Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Dominique David.
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Breaking Up is Hard to Do. Royaume-Uni et Union européenne après le Brexit
Brexit et défense européenne : vers un deal ambigu ?
L’héritage des positions du Royaume-Uni sur la défense européenne est contrasté, marqué par un attachement inconditionnel et exclusif à l’Alliance atlantique et, depuis vingt ans, une adhésion mesurée aux progrès européens. La proclamation de la volonté de Londres de garder, après le Brexit, un haut niveau de coopération s’accompagne cependant de la demande d’un statut spécial, qui dépendra largement des résultats de la négociation globale. Et plusieurs dossiers concrets restent en suspens.
La question irlandaise, enjeu majeur du Brexit
Le Royaume-Uni n’a qu’une seule frontière terrestre : celle qui le sépare de la République d’Irlande. L’intégration de ces deux États dans l’Union européenne a rendu cette frontière quasiment virtuelle. Les échanges entre l’Ulster et la République d’Irlande sont nombreux et variés. Le rétablissement d’une séparation physique entre ces deux entités est un véritable casse-tête qui risque d’avoir nombre de conséquences négatives. À ce stade, la « question irlandaise » est encore loin d’être réglée.
L’impact économique et financier du Brexit
Depuis le vote du peuple britannique pour quitter l’Union européenne le 23 juin 2016, les analyses de l’impact économique et financier du Brexit sur le Royaume-Uni et sur l’Europe sont légion. Apocalyptiques ou fantasmées, objectives ou biaisées, ces analyses occultent souvent l’impact le plus important : l’inquantifiable perte des bénéfices d’une relation de coopération étroite entre Londres et le continent tissée depuis plus d’un demi-siècle.
Le Royaume-Uni et le monde après le Brexit
Lors de la campagne référendaire de 2016, la question des conséquences potentielles du Brexit sur la place du Royaume-Uni dans le monde a été éludée. Les partisans du Leave comptent sur la relation spéciale avec les États-Unis, sur l’appartenance à des institutions multinationales et sur les liens avec les pays du Commonwealth pour maintenir le statut international de leur pays. L’âpreté des relations entre Donald Trump et Theresa May montre toutefois qu’il s’agit d’un pari risqué.