La Russie, l'OTAN et l'UE : triangle de sécurité européenne ou nouvelle "Entente"?
Les relations entre la Russie, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et l’Union européenne (UE) sont de première importance pour la sécurité européenne. En effet, d’importants progrès ont été accomplis, des mécanismes institutionnels ont été créés, et un certain nombre de coopérations pratiques se sont instaurées. Cependant, cette relation à trois souffre d’un manque persistant de confiance qui est à l’origine d’incompréhensions et de crispations.
Les relations entre l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), l’Union européenne (UE) et la Russie sont d’une importance capitale pour la sécurité européenne. Il convient désormais de les examiner dans un contexte interrégional et global, car le centre de gravité de l’Europe se déplace progressivement du Nord et du centre vers l’Est, la Transcaucasie et l’Asie centrale.
Les relations entre l’OTAN, l’UE et la Russie représentent un cadre de dialogue privilégié pour discuter des enjeux de sécurité, des questions militaires et de la soft security à différents niveaux. En effet, le « triangle » OTAN-UE-Russie représenterait, à maints égards, la solution de sécurité idéale, si elle se traduisait par une meilleure interpénétration et une plus grande transparence. Ce partenariat permettrait de résoudre les problèmes mutuels, en s’appuyant notamment sur la complémentarité des tâches et des compétences entre l’OTAN et l’Union.
Cependant, de profondes ambiguïtés persistent dans les concepts de sécurité de chacune des trois entités, ce qui se traduit par une tension coopération/confrontation aux différents niveaux de la relation. Les avancées ont été considérables, mais elles sont ralenties par un fond de méfiance permanent : de nombreux milieux occidentaux considèrent la Russie avec une suspicion proche de l’hostilité, et la société russe se méfie également de l’OTAN et de l’UE. Les relations entre ces trois entités sont fondamentalement ambivalentes et instables, ce qui contribue à expliquer les progrès accomplis comme la fragilité des échanges sur de nombreux dossiers. Ces relations n’ont toujours pas franchi le seuil au-delà duquel un retour en arrière, vers l’époque de confrontation, serait impossible.
« Triangle » de la sécurité européenne ?
La prise de conscience des priorités stratégiques et des défis communs a conduit l’OTAN, l’UE et la Russie, à établir des « partenariats stratégiques » (Russie-UE, UE-OTAN et Russie-OTAN. Les problèmes traités dans le cadre de ces partenariats englobent, entre autres, le terrorisme, le maintien de la paix, la prolifération des armes nucléaires, la défense antimissile de théâtre, le sauvetage en mer, la réforme des forces armées, la défense civile, les situations d’urgence et un large éventail de dossiers relevant de la soft security. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- « Triangle » de la sécurité européenne ?
- Les dysfonctionnements des « partenariats stratégiques »
- Le retour d’une « Entente » ?
- Conclusions et recommandations
Ce texte, issu d'un workshop sur l'avenir des relations UE/Russie qui s'est tenu à l'Ifri le 2 décembre 2005, a été publié pour la première fois en mai 2006 dans la collection 'Russie.NEI.Visions', n°10(a), du Centre Russie-NEI de l'Ifri.
Andrew Monaghan est directeur-fondateur de Russia Research Network, structure de recherche indépendante basée à Londres. Il est également chercheur associé au Conflict Studies Research Centre (CSRC) et professeur invité au Département d’études de la Défense du King’s College.
Le texte est traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Alba Rossini.
Contenu disponible en :
Régions et thématiques
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
La Russie, l'OTAN et l'UE : triangle de sécurité européenne ou nouvelle "Entente"?
Centres et programmes liés
Découvrez nos autres centres et programmes de rechercheEn savoir plus
Découvrir toutes nos analysesLe Brexit est-il vraiment « anglais » ?
Le résultat du référendum de 2016 ne traduisait pas un populisme, ou un exotisme culturel, spécifiquement anglais. L’opinion britannique était alors en phase avec les opinions européennes critiques vis-à-vis de l’Union européenne. La non-appartenance à la zone euro promettait une séparation sans trop graves effets. Séparation qu’annonçaient un fort attachement à la décision nationale et un détachement persistant vis-à-vis du projet européen, vu comme un simple lien économique.
La coopération militaire franco-britannique après le Brexit
Les questions de défense n’ont pas été sérieusement intégrées aux négociations du Brexit. Mais la redéfinition des priorités stratégiques américaines laisse à Londres peu d’espoir d’un special partnership égalitaire. Le retour de la France à une conception « gaullienne » de puissance d’équilibre pourrait par contre ouvrir la voie à un nouveau partenariat, qui ne prendrait toute son efficacité que dans le cadre d’une Alliance rééquilibrée et plus « européanisée ».
Les relations anglo-américaines après le Brexit : et moins si affinités ?
Le retour de la compétition des puissances, et l’érosion des moyens économiques et militaires britanniques mettent en cause la traditionnelle posture de suivisme de Londres vis-à-vis de Washington. Le Royaume-Uni ne pèse plus assez auprès des États-Unis, ni pour obtenir un accord commercial privilégié, ni en matière stratégique. Face au déclin inévitable de la relation bilatérale, Londres ne pourrait retrouver un poids diplomatico-stratégique que dans une Alliance atlantique rééquilibrée.
La politique étrangère britannique après le Brexit : la géographie, c’est le destin
La vision britannique des rapports du Royaume-Uni au monde renvoie à la fois à la géographie et à l’histoire d’une puissance impériale. Mais le Brexit éclaire durement les changements du positionnement britannique : illusions sur la bienveillance américaine ; dépendance vis-à-vis des normes européennes sans pouvoir peser sur elles ; limitation des moyens d’influence extérieure. Union européenne et Royaume-Uni doivent trouver les moyens d’une nouvelle coopération, en particulier dans le domaine de la sécurité.