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Le COVID-19 et la fin de l'innocence technologique

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Politique étrangère, vol. 85, n° 2, 2020
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Le COVID-19 agit comme un catalyseur dans les relations internationales. Il accélère et amplifie des tendances qu’on voyait poindre avant la crise, comme le rôle central et croissant du cyberespace, la consécration d’un capitalisme de surveillance ou l’aiguisement de la rivalité sino-américaine. L’Europe est en train de devenir un champ d’affrontement majeur entre Washington et Pékin. Le maintien d’une souveraineté européenne passera par des investissements importants, notamment dans la 5G.

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« Toute force s’épuise ; la faculté de conduire l’histoire n’est pas une propriété perpétuelle. L’Europe, qui l’a héritée de l’Asie, il y a trois mille ans, ne la gardera peut-être pas toujours. » Cette prophétie d’Ernest Lavisse (1842-1922) trouve un écho neuf dans la crise aiguë de 2020. L’enjeu principal étant autant dans le passage de relais entre l’Europe et l’Asie que dans « la faculté de conduire l’histoire » ou, plus prosaïquement, « la force de gouverner ». Cette dernière est testée par le COVID-19, crise sanitaire dans ses causes et technologique dans ses effets. La pandémie a provoqué un court-circuit durable de la mondialisation, avec un confinement, décidé par les autorités publiques sous pression du corps médical, de plus de quatre milliards d’individus qui n’ont jamais été aussi connectés.


Deux caractéristiques singularisent cette crise techno-sanitaire. Le premier est le décalage entre le nombre de victimes – en comparaison d’épisodes démographiques antérieurs – et l’amplitude des mesures prises. Le second est le décalage entre la matérialité des moyens nécessaires (lits d’hôpitaux, masques, tests…) pour la juguler sur le plan sanitaire et l’immatérialité des moyens mobilisés (communications, réseaux médiatiques, solutions numériques…) pour la traverser sur le plan politique. Cette crise s’inscrit dans des cycles, déjà ouverts, de coopération, de compétition et de confrontation cognitive, c’est-à-dire de mobilisation, d’orientation et de contrôle des cerveaux, avec pour finalité ultime l’imposition de modèles de gouvernement et de comportement.


Dès lors, la question est de savoir si la technologie épuise, ou au contraire ravive, « la force de gouverner », qui implique une maîtrise dont peu d’acteurs sont capables. Les réponses à cette question se formulent très différemment selon les régions, États ou organisations, laissant entrevoir les turbulences à venir. Cette crise « qui embrasse toute la terre » trace de nouvelles « lignes globales », au sens où l’entendait Carl Schmitt (1888-1985). De ces lignes dépend le glissement d’un ordre spatio-temporel à un autre, glissement accéléré par les plates-formes numériques. [...]


PLAN

  • Le niveau géopolitique
     - Vers une géopolitique de l'épidémie
     - Vers une nouvelle grammaire des civilisations
     - Vers une nouvelle hiérarchie de valeurs
  • Le niveau de la politique internationale
     - L'influence chinoise en terre d'islam
     - L'exacerbation des tensions sino-américaines en Europe
  • Le niveau diplomatique
     - Vers une adaptation de la diplomatie chinoise
     - Vers une multipolarité sans multilatéralisme
     - Vers un capitalisme de surveillance


Thomas Gomart est directeur de l'Institut français des relations internationales (Ifri).

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Le COVID-19 et la fin de l'innocence technologique

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Thomas GOMART

Thomas GOMART

Intitulé du poste

Directeur de l'Ifri

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Le Conseil de l’Arctique, la force des liens faibles

Date de publication
22 septembre 2017
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Le Conseil de l’Arctique a été créé en 1996. Il permet aux huit États possédant des territoires au nord du cercle polaire de dialoguer et de développer des projets de coopération. Conçu comme une structure souple orientée vers les échanges scientifiques, il évolue progressivement vers une plus forte institutionnalisation et permet de désamorcer certaines tensions. Des sujets plus politiques y sont désormais abordés, et des normes juridiquement contraignantes y ont été adoptées.

Mikkel RUNGE OLESON
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Comprendre les rivalités arctiques

Date de publication
22 septembre 2017
Accroche

Avec le réchauffement climatique, de nouvelles perspectives s’ouvrent pour l’Arctique. Des opportunités apparaissent dans le domaine du transport maritime et de l’exploitation des ressources naturelles. Si des différends territoriaux persistent dans la zone, nul acteur n’a intérêt à ce que les tensions dégénèrent. La stabilité de la région est en effet essentielle à son développement économique. Les tensions entre la Russie et les États arctiques membres de l’OTAN devraient donc être contenues.

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Lutte contre le terrorisme : la Belgique, maillon faible ?

Date de publication
21 décembre 2017
Accroche

Après les attentats de 2015 et 2016, la Belgique a été pointée du doigt et a fait l’objet d’un véritable Belgium bashing. Les critiques émises étaient parfois exagérées mais pas totalement injustifiées : les ministères régaliens avaient fait l’objet de coupes budgétaires drastiques et la complexité du système politico-administratif belge rendait la coopération entre services difficile. Une commission d’enquête a tiré les leçons des attentats et de profondes réformes ont été entreprises.

Sébastien BOUSSOIS
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La France face à la politique économique de Trump

Date de publication
21 décembre 2017
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La plupart des réformes annoncées en matière commerciale par le ­candidat Trump n’ont pas été mises en œuvre. La France peut tirer profit de l’existence de nombreux intérêts communs pour défendre sa vision d’une ­mondialisation à la fois libre-échangiste et régulée. Cependant, l’hypothèse d’un recours croissant à des mécanismes de protection et d’un rejet du multilatéralisme doit aussi être envisagée, notamment du fait de l’attitude de la Chine et de ses alliés.

Xavier RICARD LANATA

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Thomas GOMART, « Le COVID-19 et la fin de l'innocence technologique », Politique étrangère, Articles, Ifri, 20 juin 2020.
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Le COVID-19 et la fin de l'innocence technologique