Politique étrangère russe : l'étrange inconstance
La Russie de Vladimir Poutine a retrouvé des marges internationales. Mais les objectifs de sa politique étrangère restent peu clairs, entre le poids de la constance – le tropisme militaire, les visions géopolitiques, le nécessaire contrôle de l’empire, la référence à la richesse énergétique – et la tentation de l’inconstance – sur l’affaire iranienne ou sur l’option européenne... C’est parce que la politique extérieure russe est irréductible à nos normes qu’elle exige un constant décryptage.
La politique étrangère russe frappe par sa capacité à saisir les opportunités et son incapacité à engendrer des situations nouvelles. Plus flexible que rigide, moins créative que réactive, elle se trouve actuellement sous le feu croisé de vives critiques. D’un côté, la posture néo-impériale de Moscou est dénoncée, à travers la reconstitution de capacités militaires offensives, le recours constant aux services de renseignement et l’utilisation systématique de l’arme énergétique. De l’autre, l’organisation du système russe et ses implications extérieures suscitent des mises en garde, justifiées par le rapport ambivalent des Russes – en particulier des jeunes générations – à leur passé totalitaire, par la bureaucratisation du pouvoir, indissociable de la captation de la rente énergétique et, enfin, par le recul des libertés publiques.
Dans une optique réaliste, ces critiques ne doivent pas masquer l’essentiel : par rapport à la période Eltsine, la Russie a retrouvé de véritables marges de manœuvre sur la scène internationale. Même s’il a commis de lourdes fautes, Vladimir Poutine est parvenu, à plusieurs reprises, à renverser des situations délicates en recourant à une dialectique économie/sécurité, en exploitant le « terrorisme international » et en déséquilibrant habilement ses partenaires. Après une annus horribilis en 2004, due notamment aux conséquences internationales de Beslan (Ossétie du Nord) et à la « révolution orange » en Ukraine, la politique étrangère russe présente un bilan 2005 beaucoup plus favorable : la commémoration du 60e anniversaire de fin de la Seconde Guerre mondiale, la signature des feuilles de route avec l’Union européenne (UE) sur les quatre espaces définis à Saint-Pétersbourg, le regain d’influence en Asie centrale à travers l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), les exercices militaires avec la Chine et l’Inde, la tournée au Moyen-Orient et la poursuite d’une politique ambivalente à l’égard de l’Iran, témoignent de l’activisme du Kremlin en matière internationale. Sa capacité de rebond profite des prix énergétiques mondiaux, qui lui procurent des moyens financiers conséquents. En ouvrant 2006 par une crise gazière avec l’Ukraine, le Kremlin a mis en lumière une tendance sous-jacente de sa politique étrangère : l’utilisation de l’approvisionnement énergétique comme révélateur du différentiel de puissance entre la Russie et ses voisins. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- Une constance certaine
- L’héritage stratégique et historique
- Une puissance du statu quo
- Une puissance unijambiste - Une certaine inconstance
- Le dossier iranien
- Intégration versus eurasisme
- Russie réelle, Russie virtuelle
Ce texte a été publié pour la première fois dans le n°1:2006 de Politique étrangère.
Thomas Gomart est responsable du programme Russie/Nei à l'Ifri où il coordonne la Task force sur l'avenir des relations Union européenne/Russie. Il est également enseignant à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr (Coëtquidan).
Contenu disponible en :
Régions et thématiques
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Politique étrangère russe : l'étrange inconstance
Centres et programmes liés
Découvrez nos autres centres et programmes de rechercheEn savoir plus
Découvrir toutes nos analysesLes petits pays insulaires du Pacifique face aux changements climatiques
Les petits États insulaires du Pacifique sont plus grands qu’il n’y paraît : l’espace maritime de la Mélanésie, de la Micronésie et de la Polynésie représente 40 millions de km2. Or, la biodiversité de l’océan est affectée par le réchauffement climatique et la montée des eaux menace les habitants de certaines îles. Les territoires du Pacifique, en dépit de leur hétérogénéité, ont réussi à s’unir pour tenter de faire entendre leur voix dans différentes instances diplomatiques.
L’Indo-Pacifique aux couleurs de la Chine
La montée en puissance économique de la Chine l’installe dans une géographie stratégique nouvelle, du Pacifique à l’Afrique et au Moyen-Orient, ce que traduit sa grande stratégie dite Belt and Road Initiative. Le concept d’Indo-Pacifique, officiellement rejeté par Pékin, tente d’intégrer l’extension de la puissance chinoise dans un cadre multilatéral, qui ferait à sa puissance toute sa place, tout en ménageant les intérêts et les capacités de décision de tous les acteurs de la région.
La stratégie indopacifique de l’administration Trump : une difficile émergence
L’administration Trump a initié une nouvelle stratégie pour l’Indo-Pacifique. Cette stratégie vise avant tout à endiguer l’expansion chinoise, en développant le partenariat avec l’Inde et les coopérations en Asie du Sud-Est. Mais cette posture renforce un jeu à somme nulle qui incite les partenaires de Washington à la prudence. La capacité des États-Unis à proposer une alternative à Pékin s’érode tandis que les États de cette région cherchent à affirmer leur autonomie stratégique.
La France et le concept d’Indo-Pacifique
Depuis 2018, les autorités françaises emploient le concept d’« Indo-Pacifique » à la place de celui d’« Asie-Pacifique ». Cette évolution sémantique traduit un changement de politique et même de vision du monde. L’Asie est désormais placée au cœur des préoccupations françaises et un accent particulier est mis sur les océans. Les îles – y compris les collectivités territoriales françaises – acquièrent une importance nouvelle. La France s’affirme comme une puissance maritime et insulaire.