Alger au Sahel : stabilité et sécurité
Entourée d'une Libye et d'un Sahel plongés dans la tourmente, Alger tente de redéfinir son rôle régional après la longue parenthèse Bouteflika. Puissance incontournable de la région, elle joue pour ce faire de son héritage d'une diplomatie de dialogue, affirmant de plus en plus ses choix propres : coopérations bilatérales, organisation d'une réponse régionale à l'instabilité, diplomatie économique, dans une logique qui demeure méfiante vis-à-vis des acteurs extérieurs à la zone.
Depuis la chute de Kadhafi en 2011, la Libye a par effet domino plongé le Sahel dans une interminable tourmente géopolitique et sécuritaire. La situation du Mali, au cœur de l’instabilité régionale, reste préoccupante pour les Maliens, leurs voisins et au-delà. En février 2022, l’annonce du retrait des troupes françaises de Barkhane ainsi que de la mission européenne Takuba constitue une opportunité pour Alger de réinvestir les dossiers malien et sahélien en mettant en avant ses principes de dialogue, pierre angulaire de sa politique étrangère depuis l’indépendance de 1962.
Depuis l’élection de Abdelmadjid Tebboune en décembre 2019, qui fait suite à des années de léthargie diplomatique sous Abdelaziz Bouteflika, Alger a accéléré son retour diplomatique pour retrouver le rôle qu’elle tenait sur les plans régional et international dans les années 1960-1990. À cet égard, l’Algérie est un acteur de premier rang pour la stabilité politique, sécuritaire et économique de la région.
Une diplomatie régionale
Autrefois décrite par Amílcar Cabral comme la « Mecque des révolutionnaires », l’Algérie a longtemps joué un rôle politique de premier plan en Afrique subsaharienne. Évoluant dans un voisinage instable, elle est préoccupée par les guerres civiles de Libye (2011, 2014 et 2019-2020) ; l’instabilité politique de la Tunisie depuis 2011 ; et la situation volatile au Sahel, en particulier au Mali. À cet environnement géopolitique instable s’ajoute la rivalité idéologique et géopolitique avec le Maroc, qui a conduit à une rupture diplomatique en août 2021.
C’est dans ce contexte turbulent qu’Alger s’est lancée, depuis 2020, dans une offensive diplomatique à tous niveaux. Le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra joue un rôle crucial dans ce nouveau paradigme : une diplomatie active et préventive. Avec Le Caire, un rapprochement s’est récemment imposé du fait de la crise sahélienne, l’instabilité en Libye ou la dispute entre Égypte, Soudan et Éthiopie sur le grand barrage éthiopien de la Renaissance (GERD). Alger a engagé des discussions bilatérales sur le GERD avec les trois parties, afin de pouvoir présenter une feuille de route acceptable pour tous les protagonistes. […]
PLAN
- Une diplomatie régionale
- L’Algérie, « pays exportateur de stabilité et de sécurité »
- La politique régionale de l’Algérie
- Le Comité opérationnel conjoint des chefs d’état-major face aux initiatives rivales
- Le G5 Sahel
- Mali
- Diplomatie économique
Yahia H. Zoubir est professeur en études internationales et directeur de recherche en géopolitique à Kedge Business School et senior non-resident fellow au Middle East Council on Global Affairs à Doha (Qatar).
Abdelkader Abderrahmane est chercheur senior dans le programme ENACT de l'Institut d'études de sécurité à Dakar (Sénégal) et senior non-resident fellow à l'Atlantic Council.
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