Algérie et Maroc : deux visions géopolitiques et sécuritaires
La rivalité entre l'Algérie et le Maroc remonte à l'indépendance algérienne et au débat sur la délimitation des frontières post-coloniales. L'affaire du Sahara occidental est venue se greffer sur cette opposition géopolitique. Après une relative accalmie, la rivalité a repris au début de cette décennie, poussant les deux pays à chercher des soutiens extérieurs en matière diplomatique et d'armement. La rivalité locale pourrait désormais s'inscrire dans une dynamique élargie.
Au cours de l’année 2021, la rivalité entre l’Algérie et le Maroc s’est intensifiée, en raison du dégel du conflit au Sahara occidental, de la normalisation des rapports entre le royaume chérifien et Israël puis de la course régionale aux armements qui s’en est suivie. L’antagonisme entre les deux pays est loin d’être nouveau. Il remonte aux lendemains de l’indépendance algérienne et dure donc depuis des décennies, opposant deux conceptions divergentes de l’espace géopolitique et sécuritaire. Si la fin de la guerre froide, le cessez-le-feu au Sahara occidental et l’équilibre militaire précaire entre les deux États ont permis une relative accalmie entre 1991 et 2020, les événements des deux dernières années ont balayé cette stabilité et risquent désormais de provoquer une nouvelle escalade militaire au Maghreb.
Aux origines de la rivalité algéro-marocaine
L’indépendance algérienne a lieu en 1962 et les relations avec le Maroc sont alors au beau fixe, en raison du soutien que le royaume chérifien a apporté au Front de libération nationale pendant la guerre contre l’occupant français. Tout au long du conflit en Algérie, le Maroc joue le rôle de base de repli et de déploiement des combattants algériens, lesquels reçoivent l’aide discrète de l’armée marocaine.
Toutefois, peu après l’indépendance de l’Algérie, Alger et Rabat sont confrontées à la question de la définition de la frontière commune et de la répartition des ressources minières de la zone contiguë. En 1961, le président du Gouvernement provisoire de la République algérienne Ferhat Abbas et le roi du Maroc Mohammed V signent une convention reconnaissant le problème de la délimitation territoriale entre les deux pays, et renvoyant sa résolution à de futures négociations bilatérales. Rabat réclame la révision de la frontière coloniale établie par la France en 1952 seulement, à l’occasion de la découverte d’un gisement de ressources minières et pétrolifères que Paris choisit d’intégrer au territoire de l’Algérie française.
Quelques mois après cet accord, Ahmed Ben Bella et l’armée algérienne évincent Abbas puis annoncent leur refus de rediscuter les démarcations coloniales et de céder au royaume chérifien une part d’un territoire algérien libéré par le sang. Après une tentative marocaine de s’emparer de la zone de Tindouf en juillet 1962 et l’intervention de l’armée algérienne en octobre pour en reprendre le contrôle, un violent accrochage le 8 octobre 1963 entre les troupes des deux pays près des postes frontaliers de Tinjoub et Hassi Beïda marque le début de la Guerre des sables. […]
PLAN
- Aux origines de la rivalité algéro-marocaine
- Un équilibre précaire (1991-2020)
- Vers une nouvelle escalade ?
- Deux approches sécuritaires antagonistes
Riccardo Fabiani est directeur du projet de recherche sur l'Afrique du Nord de l'International Crisis Group.
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