Bosnie-Herzégovine, le lent naufrage
Les accords de Dayton ont doté la Bosnie-Herzégovine d’institutions complexes. Complexité redoublée par des forces ethno-nationalistes dont les efforts convergents bloquent toute avancée politique concrète au profit de la corruption et du clientélisme. Les réformes constitutionnelles sont ainsi interdites, comme les choix de politique économique, sociale ou sanitaire. Le pays se vide de ses habitants alors qu’il redevient, avec la guerre en Ukraine, un champ clos d’influences extérieures.
Qu'est-ce que la Bosnie-Herzégovine en 2022 ? Au-delà de la complexité bien connue de son système politique hérité des accords de paix de Dayton, la Bosnie-Herzégovine est aussi prisonnière de multiples dynamiques politiques locales et extérieures qui façonnent le pays depuis la fin de la guerre en 1995.
Bien plus qu'un territoire divisé, la Bosnie-Herzégovine est surtout un espace où les intérêts des forces nationalistes, au pouvoir depuis 30 ans, l'emportent sur les intérêts des Bosniens et rencontrent ceux de la Croatie et de la Serbie voisines. Ces deux pays, agresseurs de la Bosnie-Herzégovine lors du conflit (1992-1995) qui a fait environ 100 000 morts et déplacé plus d'un million de personnes, continuent de s'immiscer dans les affaires du pays en soutenant les visées sécessionnistes des Serbes et des Croates de Bosnie.
Outre ces voisins, de nombreuses forces internationales se rencontrent sur ce petit territoire : l'Union européenne (UE) par le biais de sa délégation à Sarajevo, la capitale du pays, ainsi que les États-Unis et le Royaume-Uni, alignés sur des buts et des stratégies similaires. Ces forces politiques et ces gouvernements sont garants de l'intégrité territoriale du pays, puisqu'ils sont garants des accords de Dayton et se croisent au sein du Peace Implementation Council (PIC) avec la Russie, laquelle soutient les sécessionnistes serbes et croates.
Au milieu de cet environnement peu favorable aux résistances citoyennes, quelques oppositions politiques non nationalistes ont vu le jour. Elles s'ancrent localement et tentent de se développer, souvent sans moyen et sans soutien.
Une organisation politique discriminatoire et non fonctionnelle
Les accords de paix de Dayton ont été signés à Paris le 14 décembre 1995, mettant fin à quatre ans de guerre. La Bosnie-Herzégovine se retrouve divisée en deux entités administratives, la Fédération croato-musulmane (Fédération) et la République serbe (RS) dont la capitale est Banja Luka. Ces deux entités indépendantes l'une de l'autre sont chapeautées par des institutions nationales. La Fédération est elle-même divisée en dix cantons, dotés chacun de gouvernements, entre lesquels il n'existe aucun mécanisme d'harmonisation. Additionné à cela, le district de Brčko, situé au nord-est du pays et frontalier de la Croatie, interrompt la continuité territoriale de la RS. […]
PLAN
- Une organisation politique discriminatoire et non fonctionnelle
- L’ethno-nationalisme bosnien : corruption, clientélisme et criminalité
- Les séparatismes et leurs alliés
- Les absences de la communauté internationale
- Pourquoi se battre ?
Aline Cateux est doctorante au Laboratoire d'anthropologie prospective de l'Université catholique de Louvain-la-Neuve. Ses recherches portent principalement sur les transformations urbaines et les mobilisations collectives en Bosnie-Herzégovine, qu'elle sillonne depuis 23 ans.
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