Chine/Japon : redéfinir la coexistence
Face à la Chine, le Japon adopte une posture ménageant sa coopération économique avec Pékin, assurant la dissuasion de ses stratégies agressives, et sa sécurité économique globale : sécurisation des approvisionnements, autonomie du développement technologique… L’alliance nippo-américaine, renforcée et articulée à des accords régionaux, vise à former un contrepoids systémique à la Chine. Le raidissement des relations américano-chinoises pourrait rendre la posture d’équilibre de Tokyo plus difficile à tenir.
Le Japon est en première ligne face à la Chine. Les voisins s’opposent sur des différends historiques et territoriaux, mais sont aussi liés par une interdépendance économique significative. La montée en puissance de Pékin, aux accents revanchistes de plus en plus assumés, place donc Tokyo en position de grande vulnérabilité. Pour répondre au mieux aux défis posés par la Chine, le Japon a adopté depuis les années 2010 une approche plurielle, fondée sur trois piliers : la dissuasion, le contrepoids, et l’engagement conditionné. Toutefois, l’assertivité de la Chine en 2020, et le durcissement de la rivalité stratégique sino-américaine, rendent l’exercice d’équilibre encore plus délicat.
Tokyo n’a d’autre choix que de rester arrimé au camp américain, tout en s’efforçant de maintenir des relations stables et fonctionnelles avec Pékin. Il doit donc constamment louvoyer entre coopération et compétition, pour préserver ses intérêts. Dès lors, le Japon s’efforce de définir les conditions d’une coopération contrôlée avec son voisin, et de mettre en place, en coordination étroite avec Washington et ses autres partenaires stratégiques, un cadre d’engagement strict avec Pékin. Il s’appuie sur une posture de dissuasion renforcée en mer de Chine de l’Est, sur une politique de contrepoids étendue aux problématiques géoéconomiques, et sur la mise en place d’une stratégie en matière de sécurité économique visant à protéger les technologies et secteurs critiques, à assurer une meilleure résilience de ses chaînes de valeurs, mais aussi à devenir un pôle d’innovation incontournable.
L’alliance avec les États-Unis joue un rôle central dans cette approche. La position de l’administration Biden, qui tolère une coopération minimale avec la Chine, converge avec celle du gouvernement Suga. Toutefois, l’attention portée aux questions de droits de l’homme par la nouvelle administration américaine et ses fortes attentes vis-à-vis d’alliés comme le Japon mettent Tokyo dans une posture délicate. Le Sommet Suga-Biden du 16 avril 2021 entérine la transformation de l’alliance en un contrepoids systémique à Pékin. […]
PLAN
- Renforcement de la dissuasion et du contrepoids face à l’expansion maritime chinoise
- Une stratégie de sécurité économique face à la compétition sino-américaine
- Protéger son marché et ses technologies
- Renforcer la compétitivité et les avantages comparatifs
- Assurer la résilience de ses chaînes de valeur et de son économie
- Une coopération économique indispensable avec la Chine - Vers un positionnement politique plus tranché ?
Céline Pajon est chercheuse, responsable des activités Japon au Centre Asie de l’Ifri.
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