Djihadisme : une bataille gagnée, mais la lutte doit continuer
Le proto-État construit par Daech en zone syro-irakienne s’est effondré. L’organisation terroriste n’a pas pour autant disparu et les groupes liés à Al-Qaïda restent eux aussi très actifs. Le djihadisme est une menace mondiale qui touche le monde arabe mais aussi, au-delà, l’Afrique subsaharienne et l’Asie. L’Europe est aujourd’hui mieux placée que les États-Unis pour devenir le fer de lance de la lutte contre cette menace qui nécessite de s’attaquer aux causes profondes du djihadisme.
Le pseudo califat de Daech est en ruines. Ce n’est probablement plus qu’une question de temps avant que son calife autoproclamé, Abou Bakr Al-Baghdadi, ne connaisse le même sort qu’Oussama Ben Laden et de nombreux autres dirigeants djihadistes. Dans son livre Les Neuf Vies d’Al-Qaïda, Jean-Pierre Filiu avançait en 2009 que le djihadisme, loin de devenir un mouvement de masse, était au bord de l’extinction. Ce spécialiste avait tout de même pris la précaution de nuancer ses propos : le djihadisme disparaîtrait si aucun événement géopolitique majeur ne survenait.
Or les révoltes arabes de 2010-2011 constituèrent un tel choc géopolitique. Elles entraînèrent l’effondrement de l’État libyen, la quasi-dislocation du Yémen, et furent suivies d’une répression féroce en Syrie, avant que la situation ne tourne rapidement à la guerre civile. Profitant de cette situation, le pseudo État islamique a fait son apparition, montrant que le djihadisme était plus vivant que jamais. Aujourd’hui, fin 2018, alors que Daech semble défait, l’attention du public et des médias, ainsi que celle des responsables politiques, se détourne progressivement de ce phénomène. Pourtant, l’histoire a prouvé que chaque fois que nous pensions le djihadisme vaincu, il réapparaissait sous des formes encore plus violentes.
Il ne s’agit pas d’attiser la peur par des propos alarmistes. Des progrès considérables ont été réalisés dans la lutte contre le djihadisme, et pas seulement sur les champs de bataille. La diffusion de sa propagande a considérablement diminué. D’abord parce que sur le terrain, en Syrie et en Irak, la machine médiatique djihadiste a été enrayée. Ensuite parce que les géants de l’Internet ont compris qu’ils devaient réagir face aux contenus à caractère terroriste. La suppression de ces contenus est devenue plus efficace, grâce notamment à l’apport de l’Intelligence artificielle. Dans le même temps, le contre-discours s’est amélioré, permettant une meilleure réfutation de l’idéologie djihadiste.
Par ailleurs, les pays européens progressent dans leurs efforts de prévention et de lutte contre la radicalisation. Des dizaines d’initiatives ont vu le jour. Elles visent à mettre en garde les jeunes contre les dangers de l’extrémisme violent, et à aider les personnes radicalisées à se désengager. La coopération entre les agences de sécurité européennes a été renforcée, et les forces de police locales ont désormais une compréhension plus fine des mécanismes de radicalisation. […]
PLAN
- Une menace appelée à durer
- L’Europe face aux revenants de zone syro-irakienne
- Le djihadisme : un défi mondial
- L’Europe et la lutte internationale contre le djihadisme
Asiem El Difraoui, docteur en science politique, est spécialiste du djihadisme. Il a notamment publié Al-Qaïda par l’image, Paris, PUF, 2013, et Le Djihadisme, Paris, PUF, 2016. Il est co-fondateur de la Candid Foundation à Berlin et Paris, un think-and-do tank pour le dialogue euro-méditérranéen.
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Djihadisme : une bataille gagnée, mais la lutte doit continuer
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