Introduction
«Ventre mou » de nos sociétés ultra-connectées, la cybersécurité n’est désormais plus un sujet obscur, exigeant la publication d’ouvrages alarmistes pour capter l’attention. Voici quelques années encore, cette notion se limitait aux piratages informatiques de banques et d’entreprises, et ses logiques – il est vrai complexes – ne parlaient qu’à d’étroits cénacles d’experts techniques. Avec la multiplication des vulnérabilités, portées par la connectivité toujours plus importante des activités économiques et humaines, nos sociétés prennent conscience de l’ampleur des enjeux.
Parler et écrire sur la cybersécurité en 2018 impose de se détourner d’une myriade d’essais annonçant l’imminence d’un Pearl Harbor ou d’un Fukushima numérique, qui dévasteraient sur leur passage les acquis de la révolution numérique et plongeraient la vie internationale dans l’abîme. Il n’en demeure pas moins que le piratage informatique est désormais partie intégrante des relations internationales. Dans l’année écoulée, l’intensité des cyber-menaces, comme le spectre des acteurs concernés, se sont considérablement élargis. Les attaques WannaCry et NotPetya ont servi de signal d’alarme : quand le bon fonctionnement des hôpitaux est menacé, quand des données critiques deviennent soudainement inaccessibles, quand des acteurs économiques de premier plan sont touchés, la stabilité et la sécurité internationales sont affectées.
Pour les États, la menace cyber s’articule désormais autour de trois facteurs. Tout d’abord sa dangerosité, sous le quadruple effet de la multiplication des acteurs, de l’accroissement des capacités offensives de certaines puissances, de la prolifération des armes informatiques, et de la démocratisation des techniques d’attaque. Ensuite, l’imbrication des enjeux de cybercriminalité et de sécurité nationale. Les outils traditionnellement utilisés à des fins de fraude et d’extorsion de fonds – tels les rançongiciels comme WannaCry – peuvent causer des dommages aux systèmes d’information de l’État ou des opérateurs en charge d’infrastructures critiques, paralysant ainsi la continuité de leurs activités. Enfin une exposition accrue de nos sociétés à la menace, du fait d’une numérisation plus étendue et de l’utilisation à grande échelle d’objets connectés.
Pour la première fois, des acteurs non étatiques – sociétés de sécurité privées, hackers individuels ou organisés en réseau, visibles ou non – peuvent avoir des effets globaux au moyen d’actes de piratage informatique. De Julian Assange ou Edward Snowden – pour les plus connus, dont les motivations sont politiques ou idéologiques –, à des hackers criminels opérant dans l’ombre, les actes de certains individus peuvent avoir un effet systémique, déstabilisant une entreprise, une organisation ou même un État.
Les particularités du domaine cyber imposent un défi intellectuel clair : comment intégrer les nouveaux risques dont il est porteur dans un cadre conceptuel et stratégique ? Pour le décideur politique, la difficulté est inverse et plus risquée, puisqu’il s’agit d’adapter des axiomes « datés » pour réduire la menace. […]
Julien Nocetti est chercheur à l’Ifri. Ses travaux portent sur la diplomatie du numérique et de l’intelligence artificielle, la gouvernance de la cybersécurité, et les manipulations de l’information.
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Introduction
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