Justice et économie mondiale
La 'justice économique internationale' n’est pas une notion aisée à définir. On tente ici de spécifier trois approches possibles de ce concept: une approche 'communautariste', une approche 'internationaliste libérale' et une approche 'cosmopolitiste'. Cette dernière, qui entend apporter la justice aux pauvres du monde, prend de plus en plus de place dans le débat international, y compris à travers l’action d’institutions comme la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international.
Au-delà des griefs catégoriels, nombre d’activistes, d’officiels ou de spécialistes en sont venus à considérer la politique économique internationale actuelle et les résultats qui y sont associés comme fondamentalement « injustes », en particulier envers les « pauvres », les « sans qualification » et envers de nombreux pays, notamment en voie de développement.
Un analyste politique de Washington a qualifié la politique commerciale protectionniste des États-Unis et de l’Union européenne de « scandale éthique », tandis que le représentant américain au Commerce taxait les subventions européennes à l’agriculture « d’immorales ». Le ministre belge des Affaires étrangères a proclamé la nécessité d’une « mondialisation éthique », alors que l’ancien Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Mary Robinson, lançait une Initiative pour une mondialisation éthique. L’ancien président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, s’est lamenté : « quelque chose va de travers dans l’économie mondiale », tandis que son ancien économiste en chef Joseph Stiglitz, prix Nobel, remarquait avec désinvolture : « Bien sûr, nul n’espérait que le marché mondial serait juste… »
Dans les pays industrialisés, beaucoup de critiques mettent l’accent sur l’effet dissolvant de la mondialisation, surtout vis-à-vis des travailleurs sans qualification et du fonctionnement de l’État providence en général. Il faudrait avancer plus prudemment dans l’ouverture des marchés, pour éviter de déchirer les contrats sociaux nationaux. La recherche de justice économique implique donc des compromis entre divers objectifs.
On tentera ici de formaliser plusieurs conceptions contemporaines de la justice (ou de l’injustice) économique internationale. Ceci, en décrivant trois « modèles » permettant d’identifier les inquiétudes normatives essentielles exprimées à propos de la mondialisation et de ses conséquences économiques.
La justice économique internationale : modèles et données
Le problème de la justice économique ou distributive est fondamentalement lié aux principes et règles qui déterminent comment les sociétés allouent les biens, services et revenus, ainsi qu’aux schémas d’allocation qui en découlent. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- La justice économique internationale : modèles et données
- Le modèle communautariste : mondialisation et contrat social intérieur
- Le modèle internationaliste libéral : le commerce international et la promesse de la convergence économique
- Le modèle cosmopolitique : apporter la justice aux pauvres du monde
- De la théorie à la politique : la justice économique et le système international
Ethan B. Kapstein, titulaire de la chaire de développement durable Paul Dubrule à l’INSEAD, est professeur associé au Center for Global Development et chercheur associé à l’Ifri. Son dernier ouvrage est : Economic Justice in an Unfair World: Toward a Level Playing Field (Princeton, Princeton University Press, 2006).
Contenu disponible en :
Régions et thématiques
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Justice et économie mondiale
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesLa fragilité alimentaire mondiale et la guerre d'Ukraine
La guerre en Ukraine fragilise la sécurité alimentaire mondiale. La Russie et l'Ukraine sont en effet deux importants producteurs et exportateurs de produits agricoles, en particulier dans le domaine céréalier. En outre, ce conflit intervient dans un contexte déjà tendu. En effet, le secteur de l'alimentation est chamboulé depuis plusieurs années par la stratégie conquérante de la Chine, le changement climatique et la pandémie de Covid-19.
La Chine en Europe centrale et orientale : la fin du mirage ?
Après la création en 2012 du forum 16+1 entre la Chine et les pays d’Europe centrale et orientale, et l’enthousiasme initial, les pays d’Europe concernés ont apprécié de manières diverses la coopération avec Pékin. Ce qui domine aujourd’hui est une certaine désillusion, qui se traduit par un niveau médiocre d’investissement chinois, l’usure formelle du forum et une méfiance croissante vis-à-vis d’une Chine qui échoue à convaincre de sa neutralité face à la guerre en Ukraine.
Le Sri Lanka : de l'effondrement économique à la révolte
En 2022, le Sri Lanka a été secoué par une crise économique et politique inédite. Au cours du mois d’avril, le pays a fait défaut sur le remboursement de sa dette et s’est retrouvé dans l’incapacité d’emprunter sur les marchés internationaux. L’inflation a frappé les classes populaires de plein fouet et la pauvreté a gagné du terrain. Une partie de la population s’est alors mobilisée pour obtenir le départ du clan Rajapakse, au pouvoir depuis deux décennies, accusé d’incurie et de corruption.
Chili : une page qui ne tourne pas
Le Chili a connu une forte contestation sociale en 2019 et 2020, qui a conduit à la fois à l’ouverture d’un processus visant à remplacer la Constitution de 1980 et à l’arrivée au pouvoir d’un nouveau président issu de la gauche, Gabriel Boric. Les travaux de la Convention constitutionnelle ont duré plus d’un an et ont abouti à un texte soumis à référendum. La population a rejeté massivement ce projet qui devait acter des avancées sociales majeures et permettre de tourner la page de la période Pinochet.