La Chine et le concept de troisième pôle
Pour légitimer son intérêt pour la gouvernance et les ressources de l'Arctique, la Chine promeut le concept de troisième pôle, constitué de l'Himalaya et du plateau tibétain. Ce concept fait l'objet de représentations cartographiques originales qui placent la Chine au centre du monde, entre l'Arctique et l'Antarctique. Ces représentations tranchent avec les cartes européocentrées qui prédominent dans les pays occidentaux. Elles font partie du soft power de Pékin.
Si l’intérêt de la Chine pour l’Antarctique remonte aux années 1980, Pékin ne tourne son regard vers l’Arctique que depuis quelques années. À partir de 1988, la communauté scientifique chinoise se penche sur des thématiques de sciences naturelles – glaciologie, océanographie, climatologie – mais il faut attendre 2007 pour que des articles en sciences humaines paraissent, notamment sur des questions économiques, juridiques et politiques. La première mission scientifique arctique du brise-glace de recherche Xuelong remonte à 1999 et c’est en 2004 qu’ouvre la station de recherche chinoise au Svalbard. La Chine dépose une demande d’admission comme observateur au Conseil de l’Arctique trois ans plus tard, puis publie sa politique arctique en 2018. Elle démontre un intérêt politique croissant pour la région en exprimant sa volonté de participer à sa gouvernance et à la valorisation de ses ressources, tout en respectant la souveraineté des États de la zone.
N’étant pas un État riverain, la Chine a développé le concept d’État du proche arctique (near-Arctic state) pour affirmer sa légitimité à s’impliquer dans cette région. Ce concept permet à Pékin de justifier, en termes géographiques, son attention pour l’Arctique, en se décrivant comme l’un des États continentaux les plus proches du cercle polaire. La Chine soutient que tout changement des conditions naturelles en Arctique a un impact direct sur le système climatique et l’environnement chinois, et pourrait de ce fait affecter ses intérêts économiques. D’autres éléments interviennent dans les efforts de la Chine pour légitimer sa participation à la gouvernance arctique, comme l’envoi de délégations à des forums de discussions à l’instar de l’Arctic Circle.
En janvier 2022, une session de ce forum devait par exemple se tenir à Abou Dhabi sur le thème « Troisième pôle – L’Himalaya et le modèle arctique ». Si la Chine n’est pas à l’origine du concept de troisième pôle, elle a contribué à le populariser et à le mettre en scène, notamment à travers des représentations cartographiques particulières qui lui permettent de valoriser sa légitimité de puissance polaire.
Des représentations cartographiques originales
Deux cartes, publiées en 2002 et 2013, ont surpris les Occidentaux. Elles traduisent un discours soulignant la pertinence de la participation chinoise à la gouvernance des pôles, en particulier de l’Arctique. Elles proposent une représentation cartographique du monde qui place la Chine de manière avantageuse et articule la présence des deux mondes polaires – voire d’un troisième pôle – autour de celle-ci.
PLAN
- Des représentations cartographiques originales
- Des représentations cartographiques originales
- Le discours derrière la carte : la Chine, pays du troisième pôle
Olga V. Alexeeva est professeure agrégée d'histoire de la Chine à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).
Frédéric Lasserre est professeur au département de géographie de l'Université Laval (Québec) et directeur du Conseil québécois d'études géopolitiques.
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
La Chine et le concept de troisième pôle
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesL’Europe, la puissance et la finance
La finance est devenue un attribut essentiel de la puissance. Son importance est accrue par les investissements considérables requis par les transitions énergétique et numérique, ou encore par la nécessité de soutenir les économies frappées par la pandémie de COVID-19. En matière de puissance financière, l’Union européenne dispose de nombreux atouts, à commencer par sa monnaie unique, mais elle souffre aussi de véritables handicaps, particulièrement visibles au moment de la présidence Trump.
Corées : perpétuellement vers la paix ?
Au cours des cinq dernières années, les périodes d’ouverture et de tension se sont succédé dans la péninsule coréenne. Donald Trump pensait pouvoir obtenir la dénucléarisation de la Corée du Nord par ses relations personnelles avec Kim Jung-un. Il a échoué. L’administration Biden se veut plus réaliste et méthodique. Elle pourrait choisir des options intermédiaires, plus modestes, tout en conservant l’objectif lointain d’un démantèlement de l’arsenal nucléaire de Pyongyang.
Le modèle de Dubaï face au centralisme d’Abou Dhabi
Vitrine des Émirats arabes unis, Dubaï n’a jamais complètement retrouvé la croissance d’avant la crise de 2009. La double crise sanitaire et économique est une nouvelle épreuve : Dubaï doit plus que jamais compter sur le soutien de l’émirat d’Abou Dhabi, cœur politique et sécuritaire de la Fédération. La phase actuelle confirme la prédominance politique d’Abou Dhabi dans la Fédération, et impose à Dubaï de redéfinir son modèle de développement, et son narratif.
Perspectives de l’endettement public
L’endettement public doit rester soutenable, adapté aux variations de la conjoncture, sauf à risquer des conditions d’emprunt dangereuses. Sa stabilisation dépend de la croissance, de la maîtrise des dépenses publiques et de la capacité à lever l’impôt. Les banques centrales peuvent prêter aux États, mais en prenant garde à une inflation affaiblissant les entreprises. L’annulation des dettes publiques par la Banque centrale européenne pourrait ouvrir un cycle d’inflation et de dépenses immaîtrisable.