Après le COVID-19 : une terre démondialisée ?
Après une poussée sans précédent de mondialisation depuis 1945, le xxie siècle amorce un choc en retour que vient démultiplier la crise sanitaire, puis économique, produite par le COVID-19. Mais entre exigences de re-localisation, mirages d’auto-suffisance, et contraintes de l’internationalisation, l’avenir de la planète mondialisée n’est pas écrit : on peut souhaiter que l’avenir voie l’émergence d’une mondialisation réformée, voire maîtrisée.
2020 : année du coronavirus ou du COVID-19, choc et traumatisme planétaire par le cumul de quatre phénomènes : diffusion foudroyante et planétaire du virus ; fermeture des frontières et confinement des populations par la quasi-totalité des États ; comparaison et compétition systématiques de leurs performances ; enfin certitude angoissée que l’avant – les jours heureux de l’ignorance, de l’innocence – ne reviendra pas. Le coronavirus est l’une de ces innombrables gouttes d’eau qui, tout au long de l’histoire, font déborder le vase, mettant à nu l’ordre établi et le bouleversant, le contenu réel du « plus rien ne sera comme avant » appelant débats et controverses à l’infini.
Le coronavirus s’inscrit dans une lame de fond de plus en plus visible depuis les années 2000 : perturbation des saisons par le changement climatique ; migrations provoquées tant par des explosions conflictuelles que par l’espoir d’échapper à la misère ; crises financières ; vagues terroristes ; désarroi des acteurs établis (États, multinationales…) Au temps de la mondialisation semblent succéder les « dé » : dé-mondialisation, dé-croissance, dé-consommation ou même dé-production. L’idée de démondialisation s’est banalisée dans les années 2000, notamment avec l’ouvrage du sociologue philippin Walden Bello (né en 1945), Deglobalization, Ideas for a New World Economy (2002) : « La mondialisation n’a pas tenu ses promesses […] Un autre monde est possible ! » En 2001, à Porto Alegre, le premier Forum social mondial s’était déjà revendiqué « altermondialiste ».
Les multiples ondes de choc des années 2000, de la décomposition du Moyen-Orient à la crise financière des subprimes de 2007-2008, des catastrophes de tous types (incendies, ouragans, pollutions…) aux étés toujours plus chauds, confirment les interactions entre mondialisation et démondialisation. Dans cette perspective, le COVID-19 donne une illustration capitale des oscillations ambivalentes, contradictoires, entre mondialisation et démondialisation. Dès lors, quels pourraient être les déterminants d’une démondialisation au XXIe siècle ? […]
PLAN
- Du XXe au XXIe siècle : un basculement révolutionnaire ?
- 1945-années 2000 : une poussée sans précédent de mondialisation
- Le choc en retour : massif et brutal - COVID-19 : entre mondialisation et démondialisation
- Les pandémies : biologiques et sociales
- Entre tendances lourdes et réactions individuelles et collectives - Démondialisation agressive ou mondialisation maîtrisée ?
- Une croissance en morceaux ?
- La révolution scientifico-technique entre « mondialisateurs » et « démondialisateurs »
- États-Unis, Chine : à chacun sa sphère démondialisée ?
- Coopération à la carte ou coopération multilatérale institutionnelle ? - Démondialisation, ou mondialisation réformée ?
Philippe Moreau Defarges est politologue et ancien diplomate.
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Après le COVID-19 : une terre démondialisée ?
Des empires dans tous leurs États
L’idée d’empire s’est concrétisée en Europe dans une histoire complexe, héritière de l’éclatement de l’empire romain, du Saint-Empire romain germanique à l’empire austro-hongrois et à celui des tsars. Les empires peuvent être des facteurs de paix en internalisant les conflits, mais aussi, comme au xxe siècle, facteurs de guerre. Leur dissolution conduit souvent à l’instabilité ; mais leur mode de fonctionnement pré-national pourrait aussi aider à penser le post-national.
Les débats contemporains sur « la fin des États »
La thématique de « la fin des États » a suscité de vigoureux débats dans les cercles universitaires dans les années 1970 et à la fin de la guerre froide. Ils ont connu de nouveaux développements après le 11 septembre 2001, la crise économique de 2008, le Brexit et la victoire de Donald Trump. Si l’on examine ces débats à travers un triple prisme – stratégique, économique et morphologique –, on s’aperçoit que l’opposition entre disparition et résistance des États est largement stérile.
Danser avec les États
Depuis les années 1990, l’Europe a connu un processus de fragmentation, et ses États les plus anciens subissent aujourd’hui des tentations sécessionnistes. Ailleurs, nombre d’intégrités territoriales ont volé en éclat et la mondialisation accouche, de fait, d’une multiplication des structures étatiques. Sur l’impuissance de nombre des nouveaux États rôde l’ombre des empires, mal disparus ou renaissants, et la sécession ne garantit pas le fonctionnement harmonieux des nouveaux États.
Chine : l’énergie, un enjeu stratégique
Les besoins énergétiques de la Chine sont très importants et vont continuer à augmenter. Du développement économique et de la réduction de la pauvreté dépend la stabilité du Parti communiste. Pékin est déjà le premier importateur de pétrole et de gaz et le premier producteur et consommateur de charbon. Le facteur énergétique joue un rôle central dans les décisions stratégiques des dirigeants chinois qui font preuve d’un « internationalisme utilitariste fortement teinté de Realpolitik ».