Le COVID-19, accélérateur de la post-mondialisation
La mondialisation a généré des interdépendances, dont les effets néfastes ont pu être constatés à l’occasion de la pandémie de COVID-19. Plusieurs pays européens ont ainsi dû faire face à une pénurie de produits sanitaires essentiels. L’Europe est amenée à tirer les leçons de cette crise et à entrer de plain-pied dans l’ère de la post-globalisation. Elle devra réduire sa dépendance à l’égard de pays qui ne respectent pas les règles du libéralisme, en particulier la Chine.
La pandémie de COVID-19 de 2020 constitue un tournant économique et géopolitique majeur. Elle a révélé qu’il était devenu difficile, voire impossible, de poursuivre et d’approfondir la mondialisation dans un contexte de défiance exacerbée entre partenaires économiques. L’exploitation politique de cette pandémie par le président Trump et par son homologue chinois Xi Jinping, et la désorganisation qui a régné dans les pays occidentaux lors des premières semaines de crise, ont montré les limites de l’interdépendance économique à l’échelle mondiale.
Les réflexes nationalistes et les stratégies néo-mercantilistes, de plus en plus manifestes, remettent aujourd’hui en cause le processus de globalisation engagé il y a trente ans. L’ère de post-mondialisation dans laquelle une partie de la planète semble entrer s’avère complexe : l’interdépendance y perdurera inévitablement mais elle s’opérera selon des modalités différentes, sans doute moins subies. Il s’agit ici d’analyser la manière dont cette globalisation a débouché sur une dangereuse défiance entre grandes puissances économiques, et d’esquisser les principales caractéristiques d’une société post-mondialisée.
Genèse et succès de la globalisation
La dynamique créée par la mondialisation est le produit de plusieurs facteurs géopolitiques, économiques et idéologiques. L’ouverture progressive de la Chine de Deng Xiaoping à partir de 1979 marque certainement une première étape, décisive. C’est un marché de près d’un milliard d’habitants qui s’offre alors aux entreprises occidentales mais, plus radicalement, cette ouverture vient bouleverser la division internationale du travail. Le stock des investissement directs étrangers en Chine monte en flèche, passant de 3 milliards de dollars en 1983 à 20 milliards en 1990, 200 milliards en 2001 et 1 600 milliards en 2018.
La crise des dettes des pays en développement, à partir de 1982, est une deuxième étape. Les pays en défaut de paiement – majoritairement latino-américains – obtiennent des restructurations de dette mais, en contrepartie, sont contraints par le Fonds monétaire international (FMI) à réformer leur système économique en s’ouvrant aux capitaux étrangers, en privatisant, en réduisant les subventions et en stimulant les exportations publiques. Cette feuille de route, synthétisée sous le nom de « Consensus de Washington » par John Williamson, est le fruit de deux décennies d’observations et d’analyses démontrant la « supériorité » du modèle de promotion des exportations appliqué par les nouveaux pays industrialisés, comme la Corée du Sud et Taïwan. […]
PLAN
- Genèse et succès de la globalisation
- La mondialisation et les germes de tension
- Les années 2010 et la prise de conscience des limites de la mondialisation
- Post-mondialisation, mode d’emploi
Norbert Gaillard, docteur en économie, est consultant indépendant, spécialiste du risque souverain, du risque pays et de la notation financière. Il a récemment publié Country Risk: The Bane of Foreign Investors, Cham, Springer, 2020.
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