La souveraineté industrielle au révélateur du COVID-19
Au cours des vingt dernières années, la France s’est désindustrialisée, a délocalisé et étendu ses chaînes de valeur. Cette tendance s’est traduite, pendant la crise du COVID-19, par des pénuries de produits sanitaires et une dépendance à l’égard de la Chine. Pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise, plusieurs stratégies peuvent être envisagées. L’Union européenne sera amenée à jouer un rôle important dans le renforcement de la résilience économique de ses États membres.
La crise du COVID-19 a sonné comme un douloureux rappel. Nous nous sommes réveillés désarmés face à la pandémie, dépendants à l’égard de la Chine, et incapables de passer en mode « économie de guerre » par absence d’infrastructures industrielles adéquates. La société et l’économie ont été confinées pour ne pas submerger les hôpitaux, les soignants ont été mobilisés sans équipements de sécurité, et les patients ont dû subir un rationnement de médicaments.
Cette crise majeure – qui aurait pu mettre en cause l’impéritie de l’État et la négligence coupable des autorités sanitaires dans la prévention du risque pandémique –, a d’emblée été saisie comme une crise de la mondialisation. D’autres pays, encore plus insérés que la France dans les flux d’échanges mondiaux, n’ont pas connu nos pénuries de médicaments, de tests et de dispositifs médicaux. Toutefois, dans l’Hexagone, le procès de la mondialisation a été à nouveau instruit, de l’extrême gauche à l’extrême droite, et la solution dans les discours a été trouvée dans l’impératif de relocalisation.
Cette dernière est ainsi devenue politique publique : elle fait partie des conditions attachées aux plans d’aide à l’automobile et à l’aéronautique, elle est inscrite à l’agenda européen sous la rubrique « souveraineté industrielle », et elle se situe au cœur des réflexions sur l’avenir de l’industrie pharmaceutique.
Cependant, dès lors que la réflexion passe du pourquoi au comment, les débats sur la désindustrialisation, sur la perte de compétitivité et sur les facteurs de l’attractivité refont surface. La mondialisation ayant par ailleurs transformé la nature même des échanges, avec la constitution de chaînes de valeur mondiales, la question, pour les architectes de la politique industrielle, n’est plus tant de savoir ce qui est stratégique et ce qui ne l’est pas, mais quel maillon, quel segment de la chaîne de valeur il faut relocaliser et qui doit en être le maître d’œuvre.
Le débat connaît dès lors un triple déplacement. Quels acteurs vont se saisir du problème ? Les industriels ayant redécouvert les fragilités des chaînes de valeur mondialisées vont-ils prendre l’initiative de la réduction de la dépendance dans tel ou tel segment d’activité reconnu crucial, ou faut-il des incitations de l’État, des contraintes réglementaires voire un retour de l’État actionnaire pour promouvoir les secteurs stratégiques ? [...]
PLAN
- Globalization has gone too far
- La pandémie : un révélateur de la dépendance
- Une affaire de désindustrialisation
- Trois raisons majeures expliquent les décrochages français
- Relocalisation ou stratégie de résilience
- Premières orientations
Elie Cohen est directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Il a publié plusieurs ouvrages dont Le Décrochage industriel (avec Pierre-André Buigues), Paris, Fayard, 2014.
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La souveraineté industrielle au révélateur du COVID-19
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