La crise du Golfe de 2017 : un an après
En juin 2017, plusieurs États arabes menés par l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis annoncèrent des mesures très dures à l’encontre du Qatar. Loin d’accepter les conditions qui auraient permis la levée de ces mesures, les dirigeants du Qatar renforcèrent leurs liens avec d’autres pays, réussirent à trouver de nouvelles voies d’approvisionnement et surent maintenir leur souveraineté. Si la crise n’est toujours pas résolue, elle est d’ores et déjà un échec pour Riyad et Abou Dhabi.
Le 5 juin 2017, à la surprise générale, l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte annoncent la rupture complète de leurs relations diplomatiques avec leur voisin et allié qatari. Ces quatre pays membres de la Ligue arabe reprochent notamment à l’émirat dirigé par la famille Al-Thani de soutenir le terrorisme, et l’accusent d’ingérences dans les affaires internes de ses voisins. À ce jour, et malgré de multiples tentatives de médiation, la crise n’est toujours pas résolue.
Retour sur les faits
La crise de l’été 2017, qui n’est pas la première entre les États du Golfe, a plusieurs racines. Depuis 1996 et la création par l’émir Hamad de la chaîne de télévision satellitaire Al-Jazeera, critique vis-à-vis des régimes arabes, les tensions étaient récurrentes entre le Qatar et ses voisins. Ces derniers n’acceptaient guère la liberté de ton, inédite dans le monde arabe, que la chaîne s’octroyait dans son traitement de l’actualité régionale. Dans les années qui ont suivi, l’émirat du Qatar s’est progressivement positionné comme acteur diplomatique dans un certain nombre de conflits, gênant parfois ses voisins. En Afghanistan notamment, le Qatar a tissé des liens forts avec les talibans aux dépens de l’Arabie Saoudite, l’un des rares pays à avoir reconnu le régime des talibans à l’époque où ils étaient au pouvoir. Le Qatar a également mis en œuvre le processus de Doha en 2008, concernant la réconciliation libanaise, en dépit de l’hostilité affichée de Riyad au Hezbollah, proche de l’Iran.
Mais c’est à l’occasion des printemps arabes que la rupture fut consommée. Les prises de position du Qatar – divergentes de celles de ses voisins – ont exacerbé les tensions entre les alliés du Golfe. En effet, le Qatar a offert son soutien aux manifestants qui appelaient à renverser les pouvoirs en place, notamment en Égypte, où le président Hosni Moubarak, proche des pays du Golfe, a dû céder le pouvoir. Le nouveau président, Mohamed Morsi, était issu des Frères musulmans, ennemis jurés de Riyad et d’Abou Dhabi. En Libye, après le renversement du colonel Kadhafi, Doha a soutenu le gouvernement de Tripoli qui incluait une composante issue des Frères musulmans, alors qu’Abou Dhabi penchait en faveur du maréchal Haftar à Tobrouk. Enfin, il a été reproché à Doha de ne pas avoir une position suffisamment ferme vis-à-vis de l’Iran, les deux États entretenant des relations cordiales, notamment en raison de l’exploitation conjointe de champs gaziers dans le Golfe. […]
PLAN
- Retour sur les faits
- L’échec de la mise au ban du Qatar
- Quelle force diplomatique pour l’Arabie et les Émirats ?
- Abou Dhabi : « petite Sparte » mais tigre de papier ?
- La fin de la « Grande Égypte »
- Quelle place pour l’Iran et Pékin ?
- Quel avenir pour le Conseil de coopération du Golfe ?
Rachid Chaker est attaché temporaire d’enseignement et de recherche (ATER) en science politique à l’université Paris-2 Panthéon-Assas, et rattaché au centre Thucydide. Sa thèse de doctorat porte sur les rivalités d’influence dans le golfe Persique depuis la guerre d’Irak de 2003.
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La crise du Golfe de 2017 : un an après
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