La démocratie israélienne à l’épreuve de Netanyahou
D’avril 2019 à mars 2020, les Israéliens ont dû voter à trois reprises pour désigner leurs représentants à la Knesset. Ce cycle électoral inédit, dû à l’incapacité de la classe politique à s’accorder sur la formation d’un gouvernement, a pris fin avec l’accord conclu entre Benny Gantz et Benyamin Netanyahou. Ce dernier, bien que fragilisé par les affaires, conserve son poste de Premier ministre. Sa longévité est remarquable mais sa pratique brutale de la politique risque de laisser des traces.
Benyamin Netanyahou apparaît comme l’homme fort, incontournable et invincible du système politique israélien. Il a ravi à David Ben Gourion le record de longévité à la tête du gouvernement. Ayant exercé le pouvoir une première fois de 1996 à 1999, il est revenu aux commandes après les élections générales de 2009. Depuis, il est parvenu à se maintenir à la fonction suprême sans discontinuité, faute de rival capable de lui infliger une défaite électorale. Grâce à son bilan sécuritaire, diplomatique et économique augmenté de son charisme personnel, il a réussi à renforcer ou stabiliser le nombre de sièges du Likoud, comme s’il ignorait l’usure du pouvoir. Même lorsqu’il semble au creux de la vague, il surmonte les obstacles et parvient à se hisser en tête, ce qui vaut à « Bibi » d’être régulièrement comparé à un « magicien ». Voilà ce que pense la moitié du pays qui ne jure que par lui, tandis que parallèlement, il suscite dans l’autre moitié de la population une aversion irrépressible, tant pour ses frasques que pour ses choix politiques.
De fait, le cinquième mandat qui lui a été confié en mai 2020 présente, cette fois, une date d’expiration : en vertu de l’accord conclu avec son adversaire pour former avec lui un gouvernement de coalition, Netanyahou devra céder la place à Benny Gantz le 17 novembre 2021. La majorité des Israéliens, y compris la classe politique, est convaincue que Netanyahou aura trouvé d’ici là un prétexte pour ne pas lui passer le relais. Quand bien même respecterait-il sa parole, rien ne l’empêchera de se présenter une nouvelle fois devant les électeurs en 2024, surtout si le bilan de son successeur s’avère décevant.
La fin de règne annoncée pourrait bien n’être qu’une parenthèse. C’est, en tout cas, le vœu le plus cher de Netanyahou, convaincu d’être seul maître après Dieu à pouvoir guider la barque d’Israël au cœur des tempêtes pour la conduire au rang des puissances redoutées et respectées. Certes, un sérieux obstacle se dresse devant lui avant l’échéance de 2024 : le verdict des trois juges de la cour de district de Jérusalem, devant laquelle « l’accusé Netanyahou » a comparu le 24 mai 2020, a de fortes chances d’être rendu avant cette date butoir.
Sortir de la crise politique
Deux mois après son avènement, le nouveau gouvernement d’union semble mal parti. Il n’a pas encore atteint la vitesse de croisière qui lui permettrait de jouer pleinement la carte de l’apaisement et du consensus après un an de joutes électorales qui ont aiguisé soupçons, méfiances et haines réciproques. […]
PLAN
- Sortir de la crise politique
- Stabilité du régime et instabilité politique
- Un nouveau style de politique extérieure
- Un nouveau style de politique intérieure
Denis Charbit est professeur de science politique à l’Open University of Israel. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Israël et ses paradoxes, Paris, Le Cavalier Bleu, 2018.
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