La finance durable, nouvel enjeu de la compétition économique mondiale
Les sommes investies dans la finance durable – ou Investissement socialement responsable (ISR) – ne cessent de croître. Elles devraient permettre de financer la transition énergétique nécessaire à l’atténuation des effets du changement climatique. Toutefois, son développement suit des modèles différents selon les régions du monde et la bataille des normes extra-financières fait rage. Un véritable schisme dans la finance internationale ne peut être exclu à défaut de leadership et de coopération.
La 26e Conférence des Parties (COP26) aura lieu à Glasgow du 1er au 12 novembre 2021. Les investisseurs seront-ils disposés à mobiliser des moyens inédits pour accélérer le financement d’entreprises, de projets et de solutions plus vertueux, en s’alignant sur les objectifs de l’accord de Paris ? La crise des subprimes et des dettes souveraines de la zone euro avait initié le développement d’une finance se voulant plus responsable. Mais la concomitance de l’urgence climatique et de la pandémie de Covid-19 marque une nouvelle étape dans l’indispensable engagement sociétal des acteurs financiers.
La finance durable ou responsable « cherche à concilier l’efficacité de l’économie, la protection des clients et l’intérêt général. Elle vise à réduire l’instabilité du système financier tout en intégrant dans ses choix des critères sociaux, sociétaux et environnementaux ». Le projet est ambitieux. Le modèle de développement actuel, hérité du XXe siècle, a montré qu’il était doublement insoutenable. Responsable des excès d’émissions de gaz à effet de serre (GES) déréglant le climat, il est également marqué par une augmentation spectaculaire des inégalités de revenus, une instabilité économique et de multiples crises, dont les plus récentes sont comparables aux grandes crises du XXe siècle par leur universalité, c’est-à-dire leur propension à toucher un très grand nombre de pays et toutes les catégories sociales de manière inégale dans ces pays.
La finance durable ou responsable suscite autant d’espoir que de scepticisme. Alors que l’épargne des ménages est en forte hausse depuis la crise sanitaire du Covid-19 et qu’une demande existe pour financer la transition écologique, le marché de l’Investissement socialement responsable (ISR), très prisé des professionnels, ne rencontre toutefois pas le succès escompté auprès des particuliers. Cela s’explique notamment par son manque de lisibilité et une fragmentation de ses promesses entre de multiples labels nationaux. Et pourtant, les places financières se concurrencent désormais sur leur capacité à intégrer les critères extra-financiers pour que leurs décisions aient un impact sur la lutte contre le changement climatique. Pour les acteurs de la finance, ces enjeux passent par la définition de normes et standards internationaux. [...]
PLAN
- Montée en puissance, accélération récente de la finance durable
- L’enjeu géopolitique de l’homogénéisation réglementaire
- La finance durable, nouvelle Realpolitik pour les entreprises et les investisseurs
- Des modèles régionaux très hétérogènes
- Une coopération politique et technique nécessaire
- La bataille des normes comptables internationales
- La pierre angulaire de la réforme du capitalisme ?
Guillaume Cravero est conseiller-expert en relations gouvernementales et développement durable.
Patricia Crifo est professeur d’économie à l’École polytechnique.
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