L’armée française et la révolution militaire de la Première Guerre mondiale
En 1914, la puissance de feu des armements modernes provoque une hécatombe. Pour limiter les pertes, les belligérants s’enterrent dans des tranchées. L’armée française est contrainte d’innover. Infanterie et artillerie subissent de profondes transformations. Les doctrines évoluent, permettant ainsi d’intégrer les nouveaux moyens – notamment chars et avions – aux schémas tactiques. En 1918, l’armée française, plus moderne et plus mobile que son adversaire allemand, finit par l’emporter.
Lorsque la Première Guerre mondiale s’achève, les armées engagées n’ont plus guère de ressemblance avec celles de 1914. Elles ressemblent en revanche beaucoup aux modèles d’armées actuels. Si les équipements aériens ou terrestres ont évidemment beaucoup évolué, leurs principes d’emploi ont presque tous été définis entre 1915 et 1918. Indice de l’évolution radicale imposée par cette guerre : un chef de groupe de combat d’infanterie de 1918 serait bien plus à l’aise dans un régiment de 2014 que dans ceux de 1914… Pour un pilote de chasse, un artilleur lourd ou un tankiste, la question ne se pose même pas, puisque leur emploi n’existait pas en 1914. Contrairement à une vision statique véhiculée par l’image des tranchées, la Grande Guerre a été l’occasion d’innovations radicales qui trouvent leur source dans la crise tactique naissant avec l’apparition des lignes fortifiées. À l’origine de nombreuses innovations tactiques et occupant en 1918 la première place dans plusieurs domaines techniques, comme la motorisation ou les moyens de transmission, l’armée française prend une part décisive à cette révolution militaire, au même titre que les armées allemande et britannique.
La crise tactique de 1914 et la première transformation de l’armée française
La première découverte majeure de la Grande Guerre est la puissance de feu des armes développées depuis 30 ans : fusils utilisant des munitions à poudre blanche, artillerie de campagne à tir rapide et mitrailleuse. L’arrivée décalée de ces innovations, leur diffusion encore modeste dans les armées qui avaient été engagées en Mandchourie et dans les Balkans n’avaient pas permis d’en mesurer pleinement les effets. C’est chose faite dès les premiers engagements d’août 1914 en France. Les pertes dépassent alors largement tout ce que l’on a pu connaître jusque-là : près de 80 000 soldats français sont tués du 13 au 30 août [1]. La première découverte majeure de la Grande Guerre est la puissance de feu des armes développées depuis 30 ans : fusils utilisant des munitions à poudre blanche, artillerie de campagne à tir rapide et mitrailleuse. L’arrivée décalée de ces innovations, leur diffusion encore modeste dans les armées qui avaient été engagées en Mandchourie et dans les Balkans n’avaient pas permis d’en mesurer pleinement les effets. C’est chose faite dès les premiers engagements d’août 1914 en France. Les pertes dépassent alors largement tout ce que l’on a pu connaître jusque-là : près de 80 000 soldats français sont tués du 13 au 30 août.
PLAN DE L’ARTICLE
- La crise tactique de 1914 et la première transformation de l’armée française
- La transformation de l’infanterie
- La création de l’artillerie lourde de campagne
- L’artillerie conquiert, l’infanterie occupe
- L’armée motorisée française gagne la guerre
- L’armée motorisée française
- Une nouvelle forme de manœuvre
- Les campagnes offensives
Michel Goya, officier de l’armée de Terre, breveté de l’École de guerre et docteur en histoire, a notamment publié Sous le feu. La mort comme hypothèse de travail (Paris, Tallandier, 2014).
Article publié dans Politique étrangère, vol. 79, n° 1, printemps 2014
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