Le Brésil à l'aube de la présidentielle
En une décennie, le Brésil est passé du statut de puissance émergente – alliant croissance économique, renouveau démocratique et ambitions internationales – à celui de pays en crise, gouverné par un président populiste. En octobre 2022, les électeurs devront choisir entre deux candidats – Jair Bolsonaro et Lula – qui incarnent des options politiques radicalement différentes. Parmi les enjeux de ce scrutin figurent la corruption, la militarisation de la vie publique et l'environnement.
Le Brésil célèbre en 2022 ses deux cents ans d’indépendance. En octobre de cette année, 145 millions d’électeurs seront appelés aux urnes pour l’élection présidentielle au suffrage universel. Quels sont les enjeux de cette élection ? Quels sont les grands défis économiques, territoriaux, sociaux et environnementaux à relever pour ce vaste pays aux forts contrastes ?
Le Brésil pourra-t-il conserver son rang de puissance industrielle « émergée », champion des énergies renouvelables, des médicaments génériques, grenier agricole du monde et gestionnaire de la forêt amazonienne, alors même qu’il traverse une profonde crise politique et sociale ? Dans un contexte où les institutions sont ébranlées et où la croissance économique s’effondre, la nation brésilienne est entrée depuis quelques années dans une période de doute, cherche ses marques. Y a-t-il une réponse typiquement brésilienne à la situation de crise que connaît cette jeune démocratie ?
D’une présidence « populaire » à une présidence « populiste »
Après vingt ans de dictature militaire (1964-1984), le système démocratique actuel se met en place avec la nouvelle Constitution de 1988 et atteint quelques années plus tard un palier de maturité avec les présidences de Fernando Henrique Cardoso (centre-droit, 1995-2002) et de Lula da Silva (centre-gauche, 2003-2010). Le contexte de croissance mondiale des années 2000 permet de faire sortir de la précarité un grand nombre de Brésiliens et le pays émerge alors parmi les dix premières puissances économiques mondiales. Pourtant sa société demeure hétérogène, avec de fortes inégalités tant sociales que territoriales. Le contrecoup politique du choc économique de 2013-2014 est colossal. Alors que le président Lula termine son second mandat en 2010 avec 83 % d’opinions favorables, Dilma Rousseff, qui lui succède, subit un impeachment en 2016. Deux années plus tard, en pleine récession, un président populiste de droite arrive au pouvoir.
Croissance et démocratie, la belle équation des années 1990 et 2000
Sur le plan économique, entre 1995 et 2016, le Brésil s’est affirmé comme un global player. En interne, 100 millions de Brésiliens atteignent la catégorie de la « petite classe moyenne ». Le président Fernando Henrique Cardoso, sociologue de formation, a su établir la confiance des diverses catégories sociales et économiques dans le nouveau régime, juguler l’inflation et renforcer l’image d’un Brésil-État de droit. […]
PLAN
- D’une présidence « populaire » à une présidence « populiste »
- Croissance et démocratie, la belle équation des années 1990 et 2000
- Turbulences socio-économiques et brusque tournant populiste - Quelques grands enjeux pour les élections de 2022
- Lutte contre la corruption
- Militarisation de la vie publique
- La transition environnementale, une ambition à saisir
Martine Droulers est directrice de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), rattachée au Centre de recherche et de documentation sur l'Amérique latine (CREDAL).
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Le Brésil à l'aube de la présidentielle
Les diplomaties navales en Méditerranée
Si le concept de « diplomatie navale » date des années 1970, la réalité qu’il recouvre est très ancienne. L’histoire de la Méditerranée en témoigne : depuis l’Antiquité, les forces navales y ont été utilisées à des fins politiques. Les rapports de forces dans cette mer sont en train de changer. Les États-Unis se retirent progressivement, laissant la place à d’autres acteurs, en particulier la Russie. L’Europe, minée par la crise économique et les divisions, ne parvient pas à s’imposer.
Le « commerce migratoire » euroméditerranéen
Marseille a longtemps été une plaque tournante du commerce « à la valise ». Les échanges avec le Maghreb étaient particulièrement nombreux, du fait de la taille de la communauté algérienne dans le sud de la France et de l’importance du trabendo dans l’économie algérienne. Toutefois, depuis une vingtaine d’années, Istanbul tend à remplacer Marseille comme centre du « commerce migratoire ». Les flux commerciaux générés par les migrants ont désormais de nombreuses ramifications en Asie.
Migrations en Méditerranée : la crise de l’asile
La croissance économique des Trente Glorieuses, le choc pétrolier de 1973 et la guerre du Golfe de 1991 ont eu un impact très fort sur les migrations dans le bassin méditerranéen. Dans les années 1990 et 2000, l’immigration irrégulière vers l’Europe s’est développée. Les dispositifs de contrôle des flux migratoires conçus à cette époque se révèlent totalement inadaptés à la situation post-révolutions arabes. L’Europe fait désormais face à une triple crise : économique, des réfugiés et de l’asile.
Les politiques méditerranéennes de l’Europe : trente ans d’occasions manquées
L’Union européenne tente depuis plus de trois décennies de définir une stratégie méditerranéenne. Mais ni le processus de Barcelone, ni la Politique européenne de voisinage, ni l’Union pour la Méditerranée n’ont pu créer une communauté méditerranéenne pour le développement ou la sécurité. Les perspectives actuelles sont peu encourageantes, même si la situation dans nombre de pays de la rive sud, et les conflits du Levant ou du Sahel, rendent une telle stratégie encore plus pressante.