Le Liban, terre d'affrontement entre l'Arabie Saoudite et l'Iran
L'Arabie Saoudite cherche depuis des années à contrer l'influence de l'Iran au Liban. Jusqu'alors, les efforts de Riyad n'ont guère été couronnés de succès, la mainmise du Hezbollah – principal allié de Téhéran – ne faisant que se renforcer. Les élections législatives de mai 2022 ont abouti à un résultat contrasté pour les Saoudiens. Le camp pro-iranien a perdu sa majorité, mais il a néanmoins réussi à faire élire le président du Parlement. Un nouveau blocage des institutions menace.
Moins d’un an après l’explosion dramatique dans le port de Beyrouth, une crise diplomatique libano-saoudienne a surgi à un moment critique de l’histoire du pays du Cèdre. Au printemps 2021, Riyad a suspendu les importations de fruits et légumes en provenance du Liban. Il s’agissait officiellement d’une mesure de rétorsion face à la passivité des services de sécurité libanais à l’égard du trafic de drogue en direction de l’Arabie Saoudite. La tension est montée d’un cran à l’automne, lorsque le royaume – suivi par les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Koweït – a rappelé son ambassadeur, tout en demandant à son homologue libanais de quitter Riyad. D’autres mesures coercitives ont été adoptées en parallèle, comme le gel de toutes les importations libanaises.
La raison immédiate de cette escalade est à rechercher dans les déclarations du ministre libanais de l’Information, Georges Kordahi, critiquant l’intervention armée saoudienne au Yémen depuis 2015. Mais d’autres facteurs plus profonds sont à l’origine de la colère des Saoudiens. Ces derniers se plaignent de l’ingérence du Hezbollah au Moyen-Orient, notamment dans la guerre au Yémen, où il épaule les Houthis, qui menacent les intérêts saoudiens. Le parti chiite est aussi accusé d’être impliqué dans le trafic de drogue. Au Liban, sa domination s’est imposée au détriment des alliés de Riyad.
La France cherche à éviter un effacement saoudien total de la scène libanaise afin de ne pas laisser le pays du Cèdre devenir un domaine réservé de l’Iran. Le président Emmanuel Macron a réussi, lors de sa visite dans le Golfe en décembre 2021, à impliquer davantage les Saoudiens dans le jeu libanais, alors qu’ils s’y étaient faits discrets depuis plusieurs années. Ce retour de Riyad a pris plusieurs formes. Sur le plan humanitaire, un « mécanisme de coopération » franco-saoudien a été mis en place pour apporter de l’aide au Liban, où la situation économique catastrophique risque encore de se dégrader du fait de la guerre en Ukraine. Sur le plan diplomatique, le royaume semble avoir compris que l’abandon du Liban allait faire le jeu du Hezbollah, notamment lors des élections législatives du 15 mai 2022. D’où le retour de l’ambassadeur saoudien Walid Boukhari à Beyrouth en avril, mettant fin à près de cinq mois de crise diplomatique libano-saoudienne et marquant une détente prudente plutôt qu’une véritable normalisation des relations bilatérales.
Pour appuyer le dénouement de cette crise, le gouvernement libanais s’est engagé à renforcer les mesures de lutte contre le trafic de drogue mais aussi à agir fermement pour stopper sur son territoire toute activité hostile à l’encontre du royaume. […]
PLAN
- La diplomatie saoudienne face aux obstacles libanais
- Une donne politique défavorable à l’Arabie Saoudite depuis 2005
- Une réaction saoudienne contre-productive ?
- Les paris risqués d’une politique offensive
Nabil el Khoury est docteur en science politique de l'université Paris-Descartes. Il est assistant-professeur à l'Université libanaise.
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